Compte rendu du débat du 17 décembre 1998

 

 

  Les conclusions du Sommet de Vienne, à quelques semaines de la ratification du traité d'Amsterdam

 

 

 

Cette année a été marquée par un événement principal, les élections allemandes.

Kohl était au pouvoir depuis 1982, il vient d'en être écarté. II existait un véritable lien d'amitié entre la France et l'Allemagne. On connaissait très bien le fonctionnement des Allemands. Nous avions une très grande compatibilité. Les Allemands ont eu un désir très vif de sortir de la période Kohl. Le hasard a donné un résultat curieux : Schröder souhaitait obtenir une grande coalition or, les communistes et les verts ont obtenu une majorité à eux seuls.

Parmi les 6 plus grandes puissances d'Europe, 5 ont des gouvernements de gauche.

Le jugement de l'opinion va-t-il porter sur l'Europe ou sur l'action de la gauche en Europe ?

 

2 faits :

* L'entrée en vigueur de l'euro, dans un contexte non défavorable

* L'incapacité à régler les problèmes :

- La réforme des institutions n'est même plus abordée.

- Le financement de l'Union européenne est un problème non réglé et toujours remis à une date ultérieure.

 

De nouvelles formes d'incompatibilité sont apparues entre les pays de l'Union

1 - La situation financière actuelle : La France fait partie des contributeurs nets ainsi que l'Allemagne. Les principaux bénéficiaires sont l'Espagne, la Grèce, l'Irlande, etc... La Grande-Bretagne a une contribution nette plafonnée qui est de l'ordre de la nôtre.

Va-t-on augmenter les dépenses de l'union européenne ? Tous sont d'accord pour ne pas les augmenter. C'est un premier problème.

2 - Deuxième problème : - II y a ceux qui veulent baisser leur contribution : les Allemands

- Et ceux qui ne veulent pas augmenter la leur : les Anglais

La position française est de dire que c'est un problème global et qu'il ne faut pas traiter une politique plus qu'une autre.

3 - Troisième problème : Les Allemands rejoignent les Anglais sur le sujet de la PAC. Ils souhaiteraient que cela redevienne la compétence des états nationaux. La France y est très opposée, sa position est forte et inébranlable. C'est sur cette question que les Allemands bloqueront l'élargissement.

C'est là le grand changement avec l'ère Kohl. Celui-ci avait une politique contradictoire : faire avancer le fédéralisme et aller plus loin dans l'élargissement.

 

Alain Lamassoure :

 

1 - Je voudrais faire 2 remarques sur l'Allemagne :

- Nous assistons à un changement de génération. Nous ne pouvons plus culpabiliser celle-ci sur ce qui c'est passé pendant la deuxième guerre mondiale. Les Allemands peuvent donc avoir maintenant des positions frileuses sur l'élargissement.

- La nouvelle équipe est faible parce que très divisée entre le PS et les écologistes. De plus, il y a une division interne au sein du SPD puisque le pouvoir est resté aux mains de Oskar Lafontaine. II a une position très forte au sein du cabinet allemand.

2 - Les pays d'Europe Centrale évoluent et sont moins pressés d'entrer dans l'Union européenne. Ils sont plus demandeurs d'un calendrier précis, même sur des dates lointaines.

3 - Le financement de l'Union : II n'y a pas de sortie possible si on ne change pas le système de recette actuel.

L'Europe fonctionne comme un club qui aurait 15 membres. Personne ne voudra payer à la place des allemands. C'est un problème redoutable. Pierre Bérégovoy avait évoqué le sujet et tout le monde lui était tombé dessus. Compte tenu du fait qu'un nouveau parlement européen va être élu, si nous ne trouvons pas de compromis en mars, nous perdrons encore un an.

 

Christian Stoffaes :

- II y a un tournant : Kohl avait structuré l'Allemagne à un point qu'on imagine mal en France. Le système s'est effondré, tout est à reconstruire.

- Des divisions non réglées subsistent au sein de la gauche allemande avec un Chancelier qui a un style de compromis.

On peut s'attendre à des bras de fer très durs entre les socialistes et les verts et au sein du SPD.

Lafontaine a un super ministère économique et financier. Traditionnellement, ce ministère était divisé en deux.

La nouvelle génération au pouvoir est une génération décomplexée parce qu'elle est de gauche. L'approche de Kohl était pleine de culpabilité.

 

VGE

Les déclarations récentes de Martin Walser, principal auteur populaire allemand et prix du meilleur écrivain à Francfort, ont beaucoup choqué.

II a tenu 2 propos : - II faut cesser de culpabiliser l'Allemagne

- Nous sommes choqués par l'aspect commercial de l'Holocauste.

Le chef de la communauté juive allemande s'est lancé dans une diatribe contre l'écrivain alors que Schröder lui donnait raison. Cet exemple montre un changement important. Cela a sûrement des répercussions sur la communauté juive américaine. L'idée, c'est qu'un pays a une mémoire.

 

C S : Kohl avait une ligne plutôt traditionnelle avec une dérive d'extrême droite. II a été victime du même phénomène que Georges Bush. Son discours s'est trop porté à droite d'où un espace à prendre au centre. La nouvelle gauche allemande est détachée des syndicats et se positionne sur des problèmes de société.

L'Allemagne est en position de conquête. La grande industrie allemande est en voie de globalisation. II y a un danger d'impérialisme industriel. L'euro va donner lieu à une vague de fusion.

L'équipe de Schröder est européenne par nécessité plus que par volonté. Berlin va devenir le pôle de l'Europe de l'Est.

 

VGE : L'affaire allemande ne va durer que 4 ans alors que Tony Blair pourrait être là pour 10 ans. Le FDP a été mis de côté par Schröder, ce qui est une grande erreur. De plus, la coalition est plus à gauche que l'électorat, donc, il y a un risque que cela ne tienne pas longtemps. Ce n'est pas la cas en Angleterre.

 

CS : Le FDP peut être une carte de rechange pour Schröder. C'est un parti charnière.

 

Béatrice Majnoni d'Intignano : Dans l'Union, ce sont les pays les plus avancés qui en tirent le plus de profit. Les petits pays ont fait un grand effort de rattrapage.

Qui perd et qui gagne dans l'intégration ?

 

VGE : Une remarque : la contribution allemande doit représenter moins du 1/4 du chiffre d'affaire de Benz. Ce ne sont donc pas du tout des sommes énormes.

Alain Lamassoure : II y a une différence fondamentale entre ce qui est fiscal et les avantages économiques autres. Nous avons du mal tous les ans à faire voter la contribution française à l'Europe.

 

VGE : Nous sommes dans un débat comptable portant sur de petites sommes. L'agriculture n'est qu'un problème géographique de solidarité.

 

Alain Lamassoure : Les pauvres des pays riches paient pour les riches des pays pauvres.

 

J-C Casanova :

Deux remarques :

- L'axe franco-allemand : il est renforcé par la folie britannique.

L'Angleterre traverse une crise frénétique d'où, par exemple, cette précipitation d'intervenir en Irak.

- Homogénéité dans l'Europe occidentale : on a sous­-estimé les conséquences de la disparition du parti communiste. Au début, cela a jeté un grand trouble dans les gauches européennes qui se définissaient par rapport au parti communiste. Les socialistes ont réussi à dépasser cela. Ils se sont déplacés sur les terrains de leurs adversaires en s'emparant du centre.

Pour nous, c'est une position très dure parce que la gauche occupe nos positions. Cela réintroduit le clivage conservateur / progrès, en notre défaveur.

 

CS : Le libéralisme retrouve sa vraie famille, la gauche. La scission du libéralisme s'est faite dans le cadre du marxisme. La gauche anglaise était incarnée par les libéraux jusqu'en 1920.

II n'y a qu'aux USA que le libéralisme est resté à gauche.

 

M-H Bérard : Les pays de l'Est qui pensaient que c'était formidable de rentrer dans l'Union européenne sont beaucoup moins pressés. Ils se sont rendus compte de ce que cela voulait dire en terme sociaux etc...

 

VGE : Concernant la ratification d'Amsterdam : L'idée que les institutions sont inadaptées a gagné du terrain, notamment en Allemagne. Kohl pensait gérer de concert la marche vers le fédéralisme et l'élargissement, ce qui était absurde.

On ne parle plus de réforme des institutions or, nous allons voter fin février la ratification d'Amsterdam.

Nous allons essayer de voter à l'Assemblée un texte allant dans le sens d'une réforme des institutions.

Le principal défenseur du traité d'Amsterdam est Jacques Chirac, soutenu par 2/3 de ses troupes.

Nous avons une pause dans la construction européenne. II y a moins de volonté politique de surmonter les obstacles tels qu'ils se présentent. Le système même de la rotation à la tête de l'Union est absurde.

 

* * *

Quelques commentaires sur l'Irak : la démarche des Etats-Unis est très curieuse. Cela fait 10 ans que l'Irak n'attaque plus personne. Ils sont les moins armés dans la région. L'intervention militaire a causé des dommages énormes pour un résultat très décevant. Cela donne une image très trouble de la gestion internationale des crises, d'autant plus que l'ONU n'a pas été consultée.

II y a une volonté très claire des Etats-Unis d'agir sans consulter les alliés. Ils n'ont besoin de personne et c'est très inquiétant pour l'avenir de l'ONU.

Quant à la Grande-Bretagne, celle-ci a choisi une option étrange, rien ne doit la séparer des Etats-Unis.