

La
séance a été consacrée à deux interventions relatives aux travaux de la Convention
européenne, la première par M. Alain Lamassoure, et la seconde
par M. Valéry Giscard d’Estaing, Président de la Convention.
1. Intervention de M. Alain
Lamassoure
Après avoir rappelé les circonstances qui ont
conduit les Quinze à mettre en place une Convention chargée de réfléchir à
la réforme des institutions, dans la perspective de l’élargissement de l’Union,
M. Lamassoure a insisté sur la crédibilité et l’autorité que cette
instance a d’ores et déjà acquises. Comme en témoigne l’entrée en lice des
plus hauts responsables des Affaires étrangères des principaux pays, passés
du rang d’observateurs à celui d’acteurs, il est devenu évident que la Convention
ne proposera pas de simples options. Elle aboutira à un projet de refonte
constitutionnelle précis, que la Conférence intergouvernementale ultérieure
ne pourra qu’amender marginalement. En ce sens, la Convention contient
une CIG, et le texte qu’elle présentera lors du conseil de Thessalonique,
en juin 2003, devrait déjà avoir reçu l’aval des différents gouvernements.
Or ce texte sera doublement novateur
car les membres de la Convention, passée une première phase d’exposition et
de défense des intérêts de chaque institution, ont su prendre la mesure d’une
“ double révolution ”.
·
Révolution du nombre,
l’Europe à 25 ou 30 ne pourra plus décider à l’unanimité, sous peine de paralysie.
Pour M. Lamassoure, qui souligne qu’à terme l’Union comptera plus de membres
que la première SDN, composée de 29 États, le Conseil européen est donc “ mort ”.
Initialement conçu comme un “ directoire ” de 9 membres, il va se
muer en “ conseil de surveillance ”, perdant son rôle moteur d’induction
politique. Il faudra donc trouver une nouvelle source de dynamisme.
·
Révolution des peuples,
la nouvelle Europe devra s’appuyer davantage sur ses citoyens. Le temps d’un
“ despotisme éclairé politico-technocratique ” est révolu – ce qui
remet en cause le fonctionnement de la Commission. Les traités économiques
et monétaires débouchant sur un projet politique et démocratique, le texte
constitutionnel imposera un recours accru à une consultation directe.
-
Le nouveau
traité devrait ainsi faire l’objet d’un référendum dans tous les États membres.
La Convention souhaite que ces votes aient lieu aux mêmes dates, et M. Lamassoure
annonce que les fédéralistes et les eurosceptiques soutiendront cette option
par une contribution commune. Le texte final devra donc être particulièrement
clair. Il devra exposer nettement les compétences de l’Union et identifier
les responsabilités de ses dirigeants.
-
S’il est
peu envisageable d’instaurer une élection du Président de la Commission au
suffrage universel direct, en revanche ce dernier pourrait être élu par le
Parlement européen, les partis annonçant leurs candidats environ six mois
à l’avance. Longtemps efficace dans sa configuration actuelle, la future Commission
gagnera ainsi une légitimité démocratique nécessaire, garantissant
son indépendance, mais elle ne sera plus “ apolitique ”.
S’il salue de nombreuses innovations, M. Lamassoure
estime, avec déception, qu’il n’y aura pas d’avancée notable en
matière de politique européenne de sécurité et de défense, à moins que
la crise irakienne n’exige qu’une volonté commune spécifique “ ose exister ”
face aux États-Unis. Le développement de la PESD, quoique souhaité par tous
les orateurs, fait l’objet de trop d’incertitudes, et la position française
sur ce point est insuffisamment claire. Ainsi, telle que la prévoit le récent
compromis franco-allemand, la présence d’un représentant de l’Union dans les
instances onusiennes ou dans le G8, par exemple, ne fera pas sens si elle
s’ajoute aux “ vingt-cinq voix ” comme une “ vingt-sixième
voix ”. Or aucun consensus n’apparaît quant à cette nécessaire prépondérance.
Enfin, M. Lamassoure évoque deux difficultés
“ redoutables ” liées à l’adoption du futur texte.
D’une part, la possibilité de voir le projet
rejeté par certains pays n’est pas négligeable (par exemple au Danemark, ou
à Malte, où le retour au pouvoir d’une gauche eurosceptique entraînerait probablement
un vote négatif). On devra donc, ici encore, accepter qu’une partie des États
membres avancent sans les autres, mais ne pas imposer à ces derniers un retrait
de l’Union : il faudra, via l’élaboration d’un statut particulier, “ offrir
le choix entre un menu gastronomique et un menu allégé ”.
D’autre part, le traité de Nice entrera en
application en mai 2004, quand la Commission accueillera dix nouveaux commissaires,
tandis que les élections parlementaires prendront place en juin, entraînant
la constitution d’une nouvelle Commission. Or la ratification du nouveau traité
constitutionnel aura lieu aux mêmes dates. Des dispositions transitoires
doivent donc être discutées, les dispositions du traité de Nice (allouant,
par exemple, un commissaire par pays), ne pouvant être maintenues durant l’intégralité
d’un nouvel exercice dès lors que la constitution aura été adoptée.
2. Intervention de M. Valéry
Giscard d’Estaing
Après avoir félicité Pascale Andréani pour
l’intervention du Ministre des Affaires étrangères, la veille, ainsi que M.
Lamassoure, le Président de la Convention européenne souligne que, dans sa
disparate, représentative d’instances diverses, le groupe des conventionnels
a le mérite de faire apparaître des configurations riches d’enseignements.
Les principaux clivages reflètent d’ores et
déjà la composition de la future Europe, où l’on pourra distinguer trois groupes
de pays. Six “ grands ” pays de plus de 40 millions d’habitants
(Allemagne, France, Royaume uni, Italie, Espagne et Portugal) représenteront
74 % de la population. Huit “ moyens ”, avec environ 10 millions
d’habitants, en réuniront 17 %. Enfin, onze petits pays, de moins de
5 millions d’habitants, ne représenteront que 9 % de la population globale.
Dans un système où la représentativité serait fondée sur la population, on
comprend que les “ grands ” pays contrôleraient totalement les décisions.
Mais à l’inverse, et pour les mêmes raisons, maintenir une stricte égalité
des États ne sera plus acceptable. Aussi la volonté de modifier les dispositions
actuelles émane-t-elle principalement des “ grands ”, “ d’accord
pour avancer ”, ainsi que d’une moitié environ des États “ moyens ”,
sensibles aux risques de paralysie. En revanche, “ les nouveaux membres
sont bloqués ” – de manière compréhensible, puisque le changement affectera
un système dans lequel ils font leur entrée, en diminuant leurs droits.
Mais, si les débats mettent au jour des lignes
d’opposition, ils révèlent également des contradictions internes dans certains
discours ou dans certains positions, et ils permettent de mesurer des évolutions
– le discours récent du Premier ministre danois constituant un bon exemple
de ces modifications.
Passant à l’examen des principaux enjeux des
discussions, M. Giscard d’Estaing rappelle que, conformément à son mandat,
la Convention s’attachera à simplifier les textes des traités, dont
trop d’articles s’avèrent excessivement complexes, voire obscurs, au point
de pouvoir être qualifiés de “ honteux ” et de “ risibles ”.
M. Giscard d’Estaing regrette que ce désir de simplification ne soit pas partagé
par les juristes de la Commission, qui promeut un système où “ il n’y
ait pas de compétences ”, là où la Convention souhaite au contraire mieux
désigner ces dernières, afin de répondre à l’exigence de clarté du public.
Quant aux institutions, de nombreuses modifications
importantes sont en cours.
1. Contrairement à Alain Lamassoure, le Président
de la Convention estime qu’en matière de représentation étrangère,
un consensus devrait se former autour de la proposition franco-allemande,
qualifiée de “ bon papier ” : la décision de créer un Ministre
des Affaires étrangères, nommé par le Conseil et siégeant au Conseil, à un
rang plus élevé que celui qu’occupe aujourd’hui M. Solana, sera acceptée.
En revanche, le projet de Secrétaire de l’Union issu de la Commission
paraît “ burlesque ”.
2. Au Parlement, où le nombre de députés
sera plafonné, un effort devra être fait pour rendre plus proportionnelle
la représentation, avec mise en place d’un plancher pour les petits États.
La procédure de la co-décision sera généralisée à la quasi totalité
des sujets, notamment, malgré la réticence britannique, à la fiscalité. Mais
dans le domaine des relations extérieures, précise M. Lamassoure, on précisera
que le dernier mot appartiendra au Conseil.
3. La Commission a voulu “ faire
un coup d’État et s’approprier le système ”, mais elle s’est desservie
en proposant des textes rédigés sans concertation, et trop avancés.
Ici les problèmes sont de deux natures :
ils touchent aux compétences de la Commission face au Conseil, et ils concernent
son organisation.
·
La rivalité avec le Conseil
est nouvelle. Elle oppose deux corps de fonctionnaires convaincus de leur
incompétence mutuelle. Mais il n’y aura pas de transfert dans l’équilibre
des tâches. Seules les modalités de travail seront modifiées : sans préjuger
du cas de la PESC, on assistera certainement à une communautarisation des
questions les plus techniques, par exemple en matière de JAI, tandis que le
reste demeurera du ressort du Parlement et du Conseil.
·
L’organisation
de la Commission engage une réflexion plus complexe. À l’origine, il s’agissait
d’un petit groupe de personnes compétentes, choisies en raison de leur engagement
européen. Aujourd’hui, ce groupe s’est élargi, les personnalités ne sont plus
forcément aussi qualifiées, et surtout, elles sont choisies en fonction de
propositions nationales. Ce dernier aspect tient à cœur aux nouveaux pays :
ils estiment que les commissaires doivent défendre les intérêts nationaux,
mais veulent aussi laisser à la Commission le monopole de l’initiative. Or
celui-ci serait donc détenu par un groupe à la fois trop nombreux, et trop
peu représentatif : 6 commissaires “ représenteraient ” 74
% de la population, et 11 commissaires 9 %. Dans le même temps, on propose
une élection du Président de la Commission par le Parlement. Mais une telle
assemblée peut-elle élire par elle-même un chef de l’exécutif “ neutre
et compétent ” ? Il serait, dit-on, plus fort et plus légitime.
Mais il deviendra ainsi un personnage politique, soumis à la critique de ses
adversaires. Peut-il, dès lors, conserver le monopole de l’initiative pendant
5 ans ? L’opposition au sein du Parlement ne pourra-t-elle rien proposer ?
Autrefois, le Conseil à l’unanimité désignait un Président de la Commission,
une proposition ratifiée par un vote du Parlement. Comment les propositions
futures auront-elles lieu ? On parle de majorité qualifiée – il est peu
probable que cela intervienne. On retombera donc à la majorité simple… On
le voit, la réflexion reste trop courte dans tout ce domaine. À l’instar
de Vaclav Havel, M. Giscard d’Estaing penche pour un retour à une Commission
réduite à une douzaine de membres, choisis pour leurs seules compétences plutôt
que suivant des “ considérations ethniques ”. Chaque pays pourrait
soumettre une liste de 3 ou 4 candidats, et laisser le Président “ faire
son marché ”. Malheureusement, la Convention persiste à défendre l’option
“ 1 commissaire = 1 État ”, et cette solution l’emportera, faute
de temps suffisant pour une réforme avant 2004. Les modifications s’imposeront
ensuite, non sans tension, car la prochaine Commission, avec 25 membres décidant
à la majorité simple, et où ses 19 voix donneront une majorité écrasante à
un quart de la population, ne tiendra pas. Il y a un intérêt pédagogique à
une telle expérience, mais la Convention cherchera un compromis en décrivant
le système idéal, tout en reconnaissant l’impossibilité de l’appliquer immédiatement.
4. Malgré certaines actions concertées, comme
dans les Balkans, une véritable politique étrangère et de sécurité commune
n’existe pas, et aucun des pays membres, à court terme, ne semble prêt à se
taire au profit d’une parole collective. Faudra-t-il au représentant des 25,
comme c’est le cas aujourd’hui, ne prendre position qu’avec l’accord de tous ?
Non : il devra être un personnage important, membre du Conseil et capable
d’y jouer un rôle de coordination. La Commission n’a pas ici à intervenir.
Mais comme certaines de ses compétences concernent le domaine extérieure (commerce,
concurrence, aide au développement, etc.), il n’est pas souhaitable que les
deux institutions s’ignorent. D’où la question “ peu passionnante ”
du “ double chapeau ”, fondant en une seule personne le Haut-Représentant
et le Commissaire chargé des relations extérieures : l’idée est intéressante,
mais ironiquement, dans la mesure où le Ministre des Affaires étrangères sera
ancré dans le Conseil, on risque de donner à ce dernier une entrée dans la
Commission.
5. Le dernier point porte sur la présidence
de l’Union.
Aujourd’hui, par opposition à la Commission
et au Parlement, le Conseil des ministres constitue la moins efficace des
institutions. Il n’a pas de chef, et les Ministres concernés se contentent
d’y siéger quelques heures, déléguant leurs responsabilités à des représentants.
La rotation de la présidence est beaucoup trop rapide, et avec l’élargissement,
une responsabilité accrue va incomber à des pays sans expérience européenne.
ce système doit donc être abandonné et la Convention proposera la création
d’un Président – une décision qui devrait, non sans mal, être acceptée. Les
dispositions de Nice s’appliqueront toutefois lors du premier mandat, et,
“ lot de consolation ”, on jouera sur la répartition des fonctions
en imaginant des présidences variables suivant les différentes formations
du Conseil.
Le terme de “ double présidence ”
utilisé dans la presse et par la Commission pour critiquer le projet ne doit
pas faire illusion, car M. Giscard d’Estaing signale avec agacement qu’il
existe déjà non deux, mais trois institutions dirigées par un Président, et
qu’il n’est question que de rendre permanente une fonction déjà présente au
sein du Conseil.
Le système n’aura pas une tête unique, sur
un modèle fédéral, car l’Europe n’est pas mûre pour cela. Il préservera une
relation tripartite avec une structure organisée des exécutifs nationaux :
le Conseil, un organe d’expression forte de l’intérêt commun : la Commission,
et un arbitre : le Parlement. Les tâches des deux premiers présidents
ne sont pas concurrentes. Le chef de la Commission devrait achever rapidement
le marché unique, et poser le problème de notre retard scientifique et technologique.
Quant au président du Conseil, il devra s’assurer de son bon fonctionnement,
de la continuité des décisions prises, de la conformité entre l’ordre du jour
et les priorités de l’Union, etc. À terme, un nombre croissant de domaines
devenant fédéraux, comme c’est déjà le cas pour la monnaie, le commerce, la
concurrence, et plus tard, pour la politique étrangère, etc., le futur gouvernement
de l’Europe sera formé par la réunion régulière des ministres “ fédéraux ”,
sous la direction du Président du Conseil, et sous la vice-présidence de celui
de la Commission.
3. Discussion
M. Lamassoure ayant dû quitter la réunion un
peu plus tôt, c’est le Président de la Convention qui a répondu à l’ensemble
des questions posées à l’issue des deux interventions.
Un premier ensemble de demandes a porté sur
l’attitude de certains pays et sur la politique étrangère.
– Quelle est la position de la Grande-Bretagne
et comment prend-elle part aux débats ?
– Valéry Giscard d’Estaing se félicite de la
qualité des délégués de ce pays, en particulier celle du Secrétaire général
de la Convention. Il souligne en revanche les contradictions du Royaume-Uni
: Tony Blair avait évoqué un référendum sur l’euro en mai 2003, mais les tensions
avec l’Irak semblent avoir remis ce projet à plus tard. Toutefois, l’attitude
anglaise est neutre : contrairement au gouvernement des années 1980,
la formation actuelle ne cherche pas à entraver les discussions en cours.
– Quelle est la politique américaine envers
la Convention ?
– Les États-Unis se méfient actuellement
de l’Europe. Ils ne pensent pas qu’elle puisse devenir forte, d’autant que
l’Allemagne, en crise, leur semble en être le moteur. Quant à la Convention,
elle ne suscite guère d’intérêt, ni dans l’exécutif, ni chez les universitaires
et les intellectuels.
– A-t-on connaissance, demande l’Ambassadeur
Daillet, de l’intérêt des Russes ?
– De même que les pays européens n’ont pris
que progressivement conscience de l’importance des travaux de la Convention,
USA et Russie ne devraient s’y intéresser qu’avec un certain décalage, quand
on entrera dans la phase de proposition.
— D’autre part, n’y a-t-il pas, aujourd’hui,
concertation entre les Européens avant les réunions de l’ONU ou du
G8 ?
Cette concertation préalable reste très insuffisante.
Ainsi, la prochaine réunion du Conseil de sécurité n’a été précédée d’aucune
rencontre européenne préparatoire.
Les autres questions ou remarques portent sur
les institutions.
– Au problèmes posés par l’augmentation du
nombre des commissaires et par leur politisation, un intervenant suggère deux
solutions :
·
rendre
les mandats non renouvelables, afin de limiter la tentation de donner satisfaction
aux gouvernements nationaux, pour pouvoir être reconduit ;
·
déterminer
12 fonctions, et prévoir que les six pays à la population la plus importante
auront automatiquement l’une de ses fonctions.
– Peu a été dit sur le rôle des juges. Va-t-on
voir apparaître l’équivalent de la Cour suprême aux États-Unis, avec une instance
gardienne de la subsidiarité ?
Cette relative absence, indique M. Giscard
d’Estaing, tient d’abord à la compétence limitée de l’Assemblée qu’il dirige.
Il est évident que l’élargissement va affecter la Cour de Justice,
fondée elle aussi sur la désignation d’un juge par pays, et un groupe de travail
a été créé pour étudier ces questions. Quant à une évolution de la Cour actuelle
dans le sens de la Cour suprême, elle semble peu probable.
– Au-delà de la question de sa présidence,
le fonctionnement même du conseil à 25 va-t-il être modifié ?
– Le Conseil dit des Affaires générales est
le seul à être prévu dans le Traité de Rome. Il a été occupé dès l’origine
par les Ministres des Affaires étrangères, quand bien même il n’avait encore
aucune vocation diplomatique externe. À l’heure actuelle, par la faute des
gouvernements, “ la pagaille est totale ” : alors que seul
le Conseil des Affaires générales a une compétence globale, les Ministres
des Affaires étrangères nationaux, faute de temps, ne s’y rendent pas, tout
en refusant de renoncer à leurs prérogatives. Deuxième chambre législative
et lieu de décision, le CAG est ainsi occupé par des suppléants changeants,
et aux compétences variables : ministres spécialisés, ambassadeurs, secrétaires,
etc. La Convention veut mettre fin à cette situation en imposant la désignation
d’un représentant national seul habilité à siéger au CAG, sans possibilité
de déléguer son vote. Il ne saurait s’agir d’un ministre délégué, mais d’un
personnage puissant, proche des chefs de gouvernement, et apte à prendre la
mesure des lois en discussion. Le CAG aura un président – voire deux, si l’on
estime que, dans sa formation législative, sur le modèle du Bundesrat allemand,
il pourrait élire une telle figure. Quant aux Ministres des Affaires étrangères,
ils prendront part aux seules formations du Conseil traitant de diplomatie
externe.
– N’est-il pas risqué de remettre en cause
le droit d’initiative de la Commission, quand le système a fait les preuves
de son efficacité, demande Paul Mentré ?
– Cette efficacité du monopole d’initiative
– un dispositif auquel M. Giscard d’Estaing se déclare plutôt favorable –
n’a vraiment été constatée que pour un objectif précis, le marché commun,
qui n’existe au reste toujours pas pour les questions d’assurance, etc. Mais
il n’est pas adapté aux nouvelles tâches, comme la PESC, la JAI, etc. Par
ailleurs, en quoi cela dérangerait-il le système que d’autres fassent des
propositions ? Le souci du bien commun ne peut-il être partagé ?
Quoi qu’il en soit, la question est posée par la politisation de la Commission,
sous-conséquence de l’élection d’un Président : peut-on prendre le risque
de voir une “ opposition ” condamnée à un silence forcé ?
– Dans son dernier article du monde, le Président
de la Convention a expliqué que le monétaire était fédéral, et l’économique,
national. Mais peut-on distinguer les deux matières, et cela ne s’oppose-t-il
pas aux principes mêmes d’une union “ économique et monétaire ” ?
La question pose en effet des difficultés.
Le groupe de réflexion sur les questions économiques a conclu à la difficulté
d’une gestion économique interne, et l’on s’oriente sans doute vers
un principe de coordination étroite.
– Dès lors que l’on reconnaît à la Commission
un rôle essentiellement technique, que les peuples sont représentés par le
Parlement, et que les gouvernements sont protégés par leur présence au Conseil,
ne pourrait-on découpler totalement la question de la composition de la
Commission et celle de la représentation des États membres, s’interroge
Yves-Thibault de Silguy ?
Sans doute, mais M. Prodi défend une analyse
inverse. Pourtant, si on ne réforme pas, les tensions seront très fortes :
6 pays “ payeurs ” seront opposés à 15 pays “ qui peuvent obtenir ”,
avec des blocages tels que la décision reviendra au Conseil – ce qui n’est
nullement dans l’intérêt de la Commission, et entraînera son affaiblissement.
Au moment de clore la réunion, M. Giscard d’Estaing
indique souhaiter renouveler cette rencontre en avril ou mai, au moment où
la Convention formulera ses propositions.