Cérémonies du 50ème anniversaire du Traité de Rome
Déclaration de Valéry GISCARD d’ESTAING
ROME
Hémicycle du Sénat
Le Vendredi 23 Mars 2007
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président du Conseil
des Ministres,
Monsieur le Président du
Parlement européen,
Monsieur le Président de la
Commission européenne,
Mesdames, Messieurs,
La célébration d’un anniversaire,
c’est avant tout une fête. C’est pourquoi je remercie le Président du Sénat de
nous avoir réunis pour fêter ensemble le 50ème Anniversaire du
Traité de Rome.
C’est une chance historique que
la négociation fondatrice ait eu lieu en Sicile, et que le Traité ait été signé
à Rome, capitale du premier ensemble européen organisé dans l’histoire.
La « communauté
européenne » a eu pour son baptême un parrain et une marraine, le latin
pour le mot « communauté » et le grec pour le mot
« européen ». Certains d’entre nous, comme moi-même, ont commencé
leur vie politique en votant, il y a 50 ans, la ratification du Traité de Rome.
Le contenu de ce Traité était
économique, mais sa finalité était politique. Chacun des Pères fondateurs et
chacun de leurs successeurs souhaitaient voir l’Europe acquérir, le moment
venu, une structure et une identité politiques.
L’histoire de l’Union européenne
se découpe en tranche de 25 ans.
La première de 1957 à 1982 a été
celle de la mise en place des Institutions européennes : le
Parlement européen, élu désormais au suffrage universel et considéré par
l’opinion publique comme constituant de plus en plus l’expression démocratique
des citoyens de l’Union, le Conseil élevé depuis 1974 au niveau de Conseil
européen composé des Chefs d’Etats et de Gouvernements, et la Commission qui
détient et exerce le droit d’initiatives pour le bien de l’Union. Il s’y est
ajouté l’adoption de la monnaie européenne.
La deuxième tranche de 25 ans,
1982-2007, a été celle de la réunification allemande et du grand
élargissement, rendu possible par la libération des pays de l’Europe de
l’Est. Désormais, l’Europe est composée de 27 Etats membres, solidaires et
fraternels, que je suis très heureux de retrouver ici. L’Europe compte
aujourd’hui près de 500 millions d’habitants et son produit intérieur brut
dépasse celui des Etats-Unis d’Amérique, et est le plus important de notre
planète.
La troisième période qui s’ouvre
2007-2032 devra être, je l’espère, celle de l’adoption définitive
d’Institutions politiques efficaces, démocratiques et transparentes par
l’adoption du Traité constitutionnel élaboré sur la base d’un consensus, et celle
de l’affirmation de l’identité européenne.
Dans le grand débat qui oppose
ceux qui souhaitent donner la priorité à la réforme institutionnelle et ceux
qui proposent de commencer par décider des actions communes pour obtenir le
soutien de l’opinion publique européenne, je pense que les deux actions devront
être conduites en parallèle : la réforme indispensable et urgente des
Institutions politiques pour laquelle la Présidence allemande conduit une
démarche efficace et déterminée, et aussi l’engagement de grands projets et de
grandes actions qui structureront davantage l’Europe. Il s’agit, notamment, des
transports et de l’énergie ; des jumelages d’écoles et les échanges
d’étudiants, qui éveilleront l’intérêt de la jeunesse européenne ; et
l’adoption de programmes de recherche scientifique avancés, ouverts à la
coopération de tous les Etats membres.
Durant cette troisième étape, il
y a une œuvre plus importante à accomplir : faire reconnaître et aimer
l’Europe par ses citoyens.
Chacun reconnaît dans notre passé
historique l’existence de l’Europe, mais son identité est davantage méconnue
dans le présent.
Faisons aimer l’Europe aux jeunes
Européens pour lesquels à côté de leur parcours personnel l’Europe sera la
seule grande aventure historique de leur vie, en affirmant ses valeurs
uniques : liberté, paix, démocratie et tolérance, des valeurs que l’on ne
devrait pas, me semble-t-il, chercher à imposer aux autres, mais plutôt le leur
proposer par notre exemple.
Si nous acceptons d’être unis
dans la diversité, nous devrons mettre l’accent autant sur l’unité que sur
la diversité.
Je souhaite que dans les 25
prochaines années, les européens ressentent à la fois leur citoyenneté
nationale comme fondement de leur vie quotidienne et de leur cadre de vie, mais
aussi leur identité européenne comme expression de leur appartenance à un grand
ensemble de civilisation, qui apportera la contribution active et influente de
nos valeurs de paix, de raison, et de tolérance au fonctionnement du monde que
nous offre le XXIème siècle.
Monsieur le Président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs, je suis fier d’être un européen comme
vous, venu célébrer avec vous la naissance de notre Union commune.
Je vous remercie.