

Compte-Rendu
du débat du 29 octobre 1998
2
sujets :
-
Europe et la crise
-
L' Europe et sa nouvelle majorité de gauche
Quelles
conséquences sur la construction européenne ?
I
- La crise financière :
Un
constat : cela n'a pas donné lieu à des analyses très poussées en France.
Nous
étions à la fin d'une période de très forte expansion américaine. Les Américains
pensaient que la crise allait apparaître par un retour de l'inflation dans
le système de croissance.
Puis,
en fait, la crise a éclaté au Japon et a démontré son incapacité à traiter
ses problèmes économiques, financiers et surtout du système bancaire.
Sont
survenus là-dessus 2 accidents :
-
Arrêt de la croissance et dévergondage financier en Asie du sud-est.
-
La crise russe : l'état russe a suspendu ses délais de paiements extérieurs
Nous
avons donc assisté à une addition de crises qui se sont toutes produites dans
le secteur financier, à l'exception du Japon dont la crise est économique
et financière.
En
occident, les hedges funds se sont plantés et les banques n'ont pas retrouvé
ce qu'elles avaient engagé.
Va-t-il
y avoir un ralentissement de l'économie américaine ?
En
France, les prévisions tendraient à dire que la croissance sera bonne en 1998,
meilleure en 1999, puis moins bonne en 2000. II semblerait en fait que l'euphorie
soit moindre, avec un ralentissement de la diminution du chômage.
~uestions
:
-
Est-ce que la crise peut être plus forte ?
-
L'euphorie politique peut-elle se maintenir ?
-
Est-ce que cela va affecter la mise en place de l'euro ?
Cette
crise est dure à cerner parce qu'elle n'est pas classique.
Certains
pensent que l'inflation ne va pas réapparaître. La baisse des prix va continuer
par rapport à la répartition de la productivité. II y a une marge pour une
politique monétaire plus expansive. II y a un risque à avoir un euro fort.
Si les taux d'intérêt étaient nuls pendant 3 ans, cela serait raisonnable.
Remarques
à propos de la crise asiatique :
-
II est intéressant de voir que les Etats-Unis ont fait un sommet à Kuala Lumpur
en 1997 dont la conclusion était que tout allait bien.
-
L'idée que les Etats-Unis sont à l'abri est une vue de l'esprit. La presse
fait de nombreuses références à 1928 et, le fait d'en tenir compte, permettrait
que cela ne se reproduise pas.
Lors
d'une crise classique, les entreprises ont une baisse de commandes, doivent
licencier etc ...
Ici,
la crise vient du milieu financier. Cela risque d'affecter les commandes.
L'euro
fort est une crainte : on pensait que l'euro allait commencer en douceur.
Il y a eu une baisse du $ qui a réduit de moitié la correction de !'euro qui
avait eu lieu en 1997. Beaucoup pensent que cela va continuer parce que nos
taux d'intérêt sont trop forts. Les mouvements du $ ne sont pas déterminés
uniquement par les taux d'intérêt.
Aux
USA, les taux sont très élevés et pourtant, il y a peu de chômage.
La
baisse des taux n'a d'effet que si les banques veulent prêter. Or, nous sommes
dans une situation où les banques ne veulent plus prêter.
Les Italiens ont baissé leurs taux de 5 à 4 %. II faudrait qu'i1s parviennent à 2 ou 3 %. Mais une question se pose : est-ce que cela vaut la peine, avant janvier 1999, que l'on contraigne l'Italie et l'Espagne à cette réduction de taux? L'Italie connaît une très grande fragilité budgétaire.
Si
leurs taux baissent, alors leur inflation reprendra. Or, sachant que nous
aurons un taux unique à compter de janvier 1999, que faire ? Faudrait-il alors
ignorer leur inflation ?
Nous
avons tout intérêt à ce que les taux d'intérêt à court et à long terme baissent
de manière à éviter une montée de l'euro. Sinon, celui-ci deviendra. symbole
de chômage.
Il
ressort 2 choses de l'exploitation médiatique de l'euro :
-
Cela permet d'accuser le libéralisme sauvage
-
On oppose ainsi le point de vue du gouvernement français avec celui des autorités
monétaires.
II
faut tenir compte de la part psychologique et de l'information donnée par
les médias, les entreprises et les autorités financières.
V.Giscard
d'Estaing n'est pas partisan d'un ultralibéralisme. Les hedges funds ont montré
que le libéralisme ne peut pas se faire sans loi.
2
problèmes :
-
Peut-on avoir une revalorisation excessive de l'euro ?
-
Comment civiliser le débat de la politique monétaire ?
Cela
passe par une institutionnalisation du débat. Le gouvernement devrait proposer
un commission parlementaire ad hoc sur ce sujet. On se retrouverait ainsi
dans le cadre d'un débat classique.
II
n'est pas possible de revenir au système des années 70. Le F.M.I. a changé
de rôle. Jusqu'à présent, il réglait les problèmes de balance des paiements.
Or maintenant, ii règle les problèmes de stabilité des pays. II fait cela
plutôt bien mais, ce n'est pas son rôle. Une réforme du F.M.I. est donc nécessaire.
L'ampleur
des vagues du système mondial ne peut être amortie que par certains flottements.
Pour cela, il faut que le Japon sorte de la crise, que les USA trouvent cela
utile et que les Européens parlent d'une seule voix.
II
– Les changements politiques en Europe vont-ils modifier le parcours européen ?
Les
grands pays européens ont tous, à peu près, le même nombre d'habitants. L'Europe
est globalement à gauche, avec quelques exceptions comme l'Espagne. Tous ces
pays sont contents de se retrouver et se confortent dans leur modération.
Tous
ont la volonté de s'attaquer au problème du chômage. En revanche, on ne parle
pas de réforme institutionnelle.
Lors
du sommet de Pörtschach, ce n'était même pas à l'ordre du jour. Schröder est
le seul à avoir évoqué le problème de l'élargissement.
2
conseils sont prévus : celui de Vienne en décembre 1998 et un Conseil exceptionnel
en mars 1999.
Nous
assistons à une approche contradictoire :
-
L'Allemagne souhaiterait réduire sa contribution à l'Europe.
-
Certains ont l'idée que la relance de l'emploi passe par une politique de
grands travaux. C'est ainsi que Jacques Delors a proposé un grand emprunt
européen.
Quels
mécanismes peuvent le contrebalancer ? Veut-on redonner plus d importance
au budget européen ?
En
ce moment, l'Europe a une chance à saisir car elle a un certain leadership
mondial. Quelle est sa marge de manœuvre ?
2
remarques :
-
Tant que l'Europe n'aura pas un système institutionnel plus lisible, elle
ne pourra pas jouer un rôle fort.
-
II faudrait qu'il y ait une idéologie européenne.
Y
a-t-il une conception de gauche, une 3ème voie ? Cela consisterait en un compromis
entre un élargissement intégral et le communisme ?
Les Américains y sont très opposés, V. Giscard d'Estaing est sceptique. On pourrait proposer un libéralisme corrigé.
Duisemberg,
élu pour 5 ans, est quelqu'un de très têtu, qui ne lâchera pas prise.
De
quel côté l'opinion publique se rangera-t-elle ?
Si
la Banque centrale est montrée comme un obstacle, elle sera toujours sur la
défensive. Des imprudences de vocabulaire peuvent avoir comme conséquence
une dépréciation de l'euro et donc des tensions.
Nous
pouvons poser l'hypothèse d'une crise financière courte et d'une crise économique
longue. Nous sortons d'une période où l'Europe a presque atteint un équilibre
au niveau commercial. Maintenant, tout le monde cherche un excédent commercial,
ce qui est impossible à obtenir en même temps aux Etats-Unis, en Europe et
au Japon. Les majorités de gauche seront peut-être tentées par des mesures
structurelles fortes. Ce serait la seule voie pour reprendre I initiative.
Donc
nous avons là une autre hypothèse : la reprise de l'initiative européenne
serait liée à l'échec économique.
Le
bon sens voudrait qu'il y ait 2 listes de l'opposition : une menée par Seguin
et l'autre de tendance PPE. Mais, il y a peu de chances que cela se passe
ainsi, tout n'est que calcul ministériel et personne ne veut prendre de risque.
S'il
n'y a qu'une liste, le programme risque d'être informe et le résultat très
faible. Tout le problème vient du fait que la droite est éclatée.
On
assiste à une disparition de la France dans tous les lieux d'influence européenne.
II
est clair qu'il y a un espace important à saisir entre une liste "Alliance"
et une liste de gauche.
Cohn-Bendit
risque d'avoir du succès. Ses idées se résument ainsi : la France doit être
plus ouverte aux étrangers, les structures familiales doivent être revues.
.
Le
calcul de Chirac est simple : créer un parti présidentiel en proposant Seguin
comme tête de liste aux européennes. Le résultat risque d'être décevant.