

Intervenants :
Valéry Giscard d’Estaing Jérôme Jaffré Dominique Bussereau Philippe Mahrer Philippe Vasseur Jean-Claude Casanova
Nous sommes réunis
aujourd'hui pour conduire une réflexion sur :
- les enseignements
européens des élections européennes
- l'état de l'Europe
au lendemain de ces élections
Elles revêtent un
aspect particulier du fait du nombre de choix dans les différents Etats. Le
paysage européen, en tant que tel, est donc en train de bouger.
Cette réunion avait été prévue dans un cadre assez intéressant puisque, au lendemain de cette élection européenne, on peut constater une situation un peu paradoxale qui consiste à voir une Union européenne dirigée par des gouvernements qui sont, en général, d'inspiration socialiste ou social-démocrate et une majorité relative au Parlement Européen d'inspiration plutôt de centre droit. La première question qui se pose est de savoir d'abord quelle est cette majorité : est-elle homogène, a-t-elle finalement des conceptions semblables sur l'Europe ?
Le deuxième point
serait d'essayer de comprendre pourquoi les Européens ont manifesté un désintérêt
aussi grand vis-à-vis de cette élection alors que le Parlement Européen peut
devenir paradoxalement un élément important des institutions européennes et,
pour la première fois, jouer un rôle de premier ordre.
L'autre préoccupation
est l'émergence d'un vote protestataire important que l'on a peut-être un
peu de mal à expliquer. Il est intéressant de voir le vote d'un certain nombre
de pays voisins, notamment l'Allemagne et l'Angleterre.
En Allemagne le vote
était relativement prévisible alors qu'en Angleterre il semble que ce soit
essentiellement un vote anti-européen et surtout "anti-euro" basé
sur la campagne qui a été menée par les conservateurs sur le thème "la
Livre doit rester en dehors de l'Euro" alors que le gouvernement de Tony
Blair s'était engagé plutôt à aller progressivement vers une rentrée de la
Livre dans l'Euro.
La question que l'on
peut se poser est de savoir quelles vont être les conséquences de cette nouvelle
donne européenne sur la réforme des institutions européennes ? Comment le
Parlement va-t-il gérer les choses ? Comment le Parlement va-t-il se situer
par rapport à la constitution de la Commission européenne, dans la mesure
ou le Conseil et le Parlement peuvent avoir des avis relativement différents
sur cette constitution. Cette Commission, pour avoir l'investiture du Parlement
Européen, devra sans doute être un peu modifiée par rapport aux idées initiales
que les gouvernements pouvaient avoir.
Le Parlement pourra-t-il
prendre des initiatives de son côté pour pousser vers une réforme institutionnelle
conséquente qui irait plus loin que ce qui a été fait précédemment, notamment
dans le cadre d'Amsterdam.
Quelles sont donc
les raisons du vote dans l'ensemble des pays européens et en France ?
Le pourcentage extrêmement
élevé de l'abstention est frappant au niveau européen. Le problème de la légitimité
du Parlement Européen est incontestablement posé ; la question est également
de savoir dans quelle mesure la crise des élections européennes débouche ou
pas sur une crise de l'Europe elle-même.
Quelques chiffres
: nous en sommes aux cinquièmes élections européennes (les premières ayant
eu lieu en 1979). Le pourcentage d'abstention n'a jamais cessé d'augmenter
à chaque scrutin. Il était en moyenne dans l'Europe de 1979 de 34%, il est
resté à peu près stable jusqu'en 1989, il est monté à 41% dans l'Europe des
12 de 1994, il est à 49% dans l'Europe des 15 de 1999. On a donc gagné 8 points
d'abstention entre la dernière élection européenne et celle-ci.
L'abstention a "progressé" de 6 points
en France, mais elle a progressé de 15 points en Allemagne, pays généralement
fortement participant aux élections et notamment aux élections européennes.
Il y avait "seulement" 40% d'abstention en Allemagne en 1994, 55%
cette fois-ci. Quand au Royaume Uni, les chiffres sont effrayants puisque
nous sommes à 77% d'abstention, 90% dans certaines régions du Royaume Uni
(nous étions à 64% en 1994).
Dans toutes les enquêtes
d'opinion menées dans le cadre de la Commission européenne par l'Euro-baromêtre,
l'opinion publique néerlandaise est toujours très favorable à l'Europe, pas
seulement sur des questions générales mais aussi sur toutes les questions.
Cela n'est donc pas à priori une question d'euro-scepticisme mais regardons
les chiffres en Hollande : l'abstention était à 42% en 1979, 49% en 1984,
53% en 1989, 64% en 1994, et 70% en 1999.
Se pose la question
de savoir s'il ne faut pas s'en arrêter là ! Ou si l'on va devoir aller vers
90% d'abstention aux élections européennes de 2009 en Hollande.
Dans ces chiffres,
il y a d'abord une ignorance radicale du Parlement européen. Dans les enquêtes
précédemment citées réalisées dans les 15 pays, en décembre 1998 donc avant
la démission de la Commission par le Parlement et avant la campagne des européennes,
57% des Européens déclaraient n'avoir rien vu, rien lu, rien entendu récemment
concernant le Parlement Européen.
C'est 10 points de
plus que dans les enquêtes de même type réalisées 10 ans auparavant, 8 points
de plus d'abstention, 10 points de plus d'ignorance du Parlement Européen.
On est dans une situation
où les électeurs n'ont pas de raison forte d'aller voter pour un parlement
qu'ils ignorent. On dit souvent que l'on trouve les
abstentionnistes dans les catégories populaires, modestes et peu instruites.
Et qu'en revanche les catégories culturellement élevées, les plus aisées vont
voter et que donc, c'est un problème d'apprentissage de la démocratie européenne.
En réalité, dans ces élections européennes, on s'aperçoit que 46% des cadres,
que 50% des diplômés de l'enseignement supérieur (pourcentage en France) se
sont abstenus. On ne peut donc pas renvoyer à une coupure peuple/élite pour
considérer que le problème de l'abstention se situerait uniquement là.
Derrière cette abstention,
n'y a-t-il pas, parmi les abstentionnistes des attitudes critiques à l'égard
de l'Europe et un euro-scepticisme extrêmement développé ? Car le partage
des voix entre pro-européens et anti-européens au regard des suffrages exprimés
montre, derrière ces suffrages, les attitudes de ceux qui ne vont pas voter.
Dans les enquêtes
faites en 1994 (celles de ce scrutin n'ont pas encore été réalisées) parmi
les abstentionnistes (au niveau des 12 pays européens) :
30% sont pro-européens
28% sont dans une
ignorance complète du système européen
41% sont critiques
à l'égard de l'Europe
Parmi les votants
:
44% sont des pro-européens
Il y a bien une dimension
de réticence à l'égard de l'Europe dans l'abstention qui est particulièrement
élevée par exemple au Royaume-Uni.
En France, le sentiment
européen est influencé par la persistance du clivage introduit lors du référendum
de Maastricht. Il continue de peser sur les résultats et sur les votes des
élections européennes. On constate que le partage des voix entre les listes
pro-européennes et les listes réservées à l'égard de l'Europe ne cesse de
se resserrer.
En 1989, les pro-européens
représentaient 72% des suffrages, les anti-européens (l'extrême droite et
l'extrême gauche communistes compris) représentaient 26% des voix.
En 1994, 59,5% des suffrages pro-européens,
39% réservés ou anti-européens,
En 1999, 53% pour les pro-européens
41% réservés ou hostiles à l'égard de l'Europe
Les signes inquiétants
se multiplient : entre 1994 et 1999, le score des pro-européens diminue chez
les jeunes, les cadres, les salariés du secteur public donc dans un certain
nombre de catégories importantes du pays.
Les favorables à
l'Europe sont les listes Bayrou, Cohn-Bendit, Hollande et Sarkozy.
Les réservés à l'égard
de l'Europe sont les listes Le Pen, Megret, Pasqua, Hue, les chasseurs, les
listes d'extrême gauche.
C'est un clivage de
tonalité des listes : il est clair que tous les électeurs d'une même liste
ne sont pas tous pro ou anti-européens.
Le clivage entre pro-européens et
anti-européens ne fonctionne pas de la même façon à gauche et à droite.
La gauche compte à peu près 3/4 d'électeurs
favorables à l'Europe, et à droite ("les droites" avec l'extrême
droite), on en compte 50%.
Pour la première fois dans ces élections
il y a une très légère majorité (50,4%) d'électeurs de droite dans des listes
réservées sur l'Europe, alors que 49,6 % sont pour l'Europe. C'est un renversement
de tendance très impressionnant. Quand on regarde la distribution des départements
selon le vote "oui" au référendum de Maastricht, on constate un
vote Bayrou/Sarkozy indexé sur le vote oui et un vote Pasqua indexé sur le
vote non.
Plus les départements ont été favorables
au "oui", plus les scores Bayrou et Sarkozy sont élevés, plus les
départements ont voté pour le "non", plus le score de la liste Pasqua
est élevé.
Dans ce paysage politique de la droite,
l'aide donnée à la renaissance du Front National dans les années 80 et l'introduction
du référendum de Maastricht en 1992, ont été deux bombes à "fragmentation"
laissées par François Mitterrand dans le paysage de la droite française.
La situation de la droite en France
est totalement atypique par rapport au résultat des droites européennes. C'est
d'autant plus étonnant que la situation de la droite française, au moins sur
le papier, ne devait pas être aussi mauvaise que cela.
Ailleurs, ce résultat des élections
européennes est tout à fait satisfaisant : en Allemagne et au Royaume-Uni,
le résultat est spectaculairement
favorable ; en Espagne, le résultat conforte le gouvernement Aznar sans être
un raz de marée.
Nous sommes dans la situation où,
dans les cycles électoraux de sciences politiques, une élection intermédiaire
située deux ans après l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement est un moment
très favorable politiquement, c'est un moment normalement ou l'usure du pouvoir
se fait sentir, et ou une opposition normalement constituée a des chances
réelles de regagner du terrain.
L'affaiblissement et la crise de
l'extrême droite étaient installés dans le paysage politique depuis six mois
et devaient produire des effets. Ils ont produit des effets.
On peut regretter, à certains égards,
qu'il n'y ait pas eu de liste d'union. Mais, si on considère que la proportionnelle
doit s'accompagner d'une offre politique très large pour permettre une très
grande diversité des choix afin "d'additionner" le soir des élections,
on peut dire que ces résultats n'ont pas été à la hauteur.
Ces résultats sont évidemment globalement
très mauvais pour la droite modérée, la droite républicaine. Pour chacune
de ces trois listes, ils sont soit limités, soit décevants, soit catastrophiques.
35% pour l'ensemble des droites c'est
soit disant pas si mal que ça, la gauche plurielle est à 38,5%. En réalité,
le score de la droite diminue à chaque élection (en 1997, la droite modérée
a obtenu son plus bas score de toutes les élections en France au suffrage
universel).
Deuxièmement, il y a eu un affaiblissement
de l'extrême droite : si nous regardons le total droite + extrême droite comme
indicateur politique, nous avions toujours plus de 50% des voix à toutes les
élections pour cet indicateur depuis 10 ans ce qui faisait dire "en réalité
ce pays est à droite et il est gouverné à gauche, c'est une aberration".
Mais là, nous avons 44% des voix pour ce total droite + extrême droite au
lieu de 50% l'année dernière aux régionales de 1998. Le total des voix de
gauche, lui, n'a pas diminué : il est de 43,7 %, il était de 44,3% aux législatives.
Quand on additionne les voix des
trois listes, la droite modérée n'attire pas plus d'un quart des suffrages
parmi les électeurs de moins de 50 ans. On est autour de :
26 % des voix parmi les 18-24 ans
27 % des voix parmi les 25-34 ans
28 % des voix parmi les 35-49 ans
Il faut aller à partir de 50 ans
pour avoir un pourcentage un peu plus élevé.
Les résultats, nous l'avons dit plus
haut, sont limités, décevants voire catastrophiques.
Limité, c'est le score de la liste
Bayrou (9,3%) qui s'extasie de sa petite différence avec la liste RPR-DL.
On est encore loin d'une forte existence. Cette liste, dans son résultat,
est fortement corrélée au vote européen et au niveau de diplôme (plus on est
diplômé, plus on a voté pour cette liste, c'est le pendant de la liste Cohn-Bendit
à gauche). Les résultats, malgré tout, restent assez limités : par exemple
seulement 12,5% des voix en Ille-et-Vilaine, 16% en Alsace, Bouches-du-Rhône
6%, Pas-de-Calais 6% également.
Le résultat décevant est celui de
la liste Pasqua 13,1% mais bien sûr succès politique dans ce contexte. A la
vérité, compte tenu de l'effondrement de la liste RPR-DL, la liste Pasqua
aurait du se situer à un niveau sensiblement plus élevé. Elle n'est qu'un
demi point au-dessus de la liste Villiers de 1994, ce qui n'est quand même
pas un progrès tout à fait considérable. Ses électeurs sont des travailleurs
indépendants, des agriculteurs, des commerçants, des petits chefs d'entreprise.
Si elle n'est pas montée plus haut que ce score là, c'est qu'elle n'a réalisé
aucune percée dans l'électorat populaire. En réalité, les employés, les ouvriers
ne se sont pas reconnus dans la liste Pasqua. Prenons des résultats dans des
villes fortement marquées par la structure populaire : Lanester (banlieue
ouvrière de Lorient) 8,4 %, Grandessaint (Nord) 7,3%, Lievin (Pas-de-Calais)
6,9% , Pierrefitte (Seine Saint-Denis) 9,8%. Cela dit, cette liste dans ces
villes populaires, est toujours en tête de la droite. Mais souvent avec des
scores inférieurs à 10%.
Le résultat catastrophique appartient
à la liste Sarkozy-Madelin, liste "erzast" de légitimité, "erzast"
de vote bourgeois, rien de plus.
La liste Bayrou est donc la liste
diplômée pro-européenne, la liste Pasqua correspond à un vote indépendant
et anti-européen. La liste Sarkozy, sociologiquement, se situe un peu parmi
les personnes âgées mais n'a, en réalité, aucun point fort. Vote de légitimité,
vote d'Outre Mer, vote de Corse, vote de Corrèze. Vote bourgeois : 31,5% dans
le 16ème arrondissement de Paris, 25,6% dans le 7ème, 22,9% au Chesnay, 22,5%
à Saint-Cloud, 21,1% à Saint Germain en Laye, 19,8% à Versailles. Neuilly
41% des voix....
Cette liste a réalisé un score très
faible dans les villes ouvrières : entre 4 et 7% des suffrages.
Quelles sont les causes de cet échec
?
Tout d'abord, un problème de leadership
s'est posé : ces élections européennes, dans lesquelles Philippe Séguin avait
abandonné son poste à la mi-avril, sont arrivées trop tôt pour Nicolas Sarkozy.
Le "traître" de 1995 se trouve devenu le chantre de Jacques Chirac
quatre ans plus tard. Ceci était évidement une situation aberrante aux yeux
de l'électorat.
Il y a également un profond problème
de positionnement politique de la liste, et là, nous revenons à la dimension
européenne : cette liste a résolument opté sur un positionnement purement
national. Alors que, dans ces élections européennes, les électeurs soit s'abstiennent
beaucoup, soit aiment bien entendre parler d'Europe.
Adopter un positionnement purement
politicien et de politique intérieure française était finalement décalé par
rapport aux aptitudes de l'électorat. D'autant plus que le positionnement
anti-gouvernemental maximum, vote anti-socialiste à mort, ne correspondait
pas au climat politique du pays aujourd'hui. Le positionnement de proximité
par rapport au Président de la République s'est trouvé être un positionnement
un peu décalé.
Dans le vote Pasqua, on trouve la
dimension anti-européenne mais également la dimension anti-cohabitant. Nous
sommes engagés dans une cohabitation de longue durée qui désarçonne profondément
l'électorat de droite. Ce n'est pas une cohabitation courte, c'est une cohabitation
interminable. Dans un sondage réalisé dimanche 13 juin, les électeurs RPR
qui souhaitent que l'Assemblée Nationale aille jusqu'à son terme, ont beaucoup
plus voté Sarkozy, et ceux qui veulent qu'on arrête les choses avant ont beaucoup
plus voté Pasqua.
Jacques Chirac s'est donc trouvé
piégé dans ces élections européennes (par lui même diraient certaines mauvaises
langues) mais aussi par Pasqua, par Bayrou qui a privé le RPR de la liste
d'union (qui l'aurait fait disparaître dans ce combat), et enfin par Séguin,
bien évidement. On arrive à la situation ou le roi est nu...
L'abstention en France a ressemblé
pour partie à un vote hostile. Ce n'était pas une abstention d'indifférence.
Quand on classe européen/anti-européen, droite/gauche il faudrait également
classer les abstentionnistes. Naturellement, c'est très difficile. Mais quand
on voit les comportements que nous avons pu observer, nos électeurs ne voulaient
pas voter, ils ont fait un effort sur eux-mêmes pour voter. Sauf peut-être
les électeurs de la liste Bayrou qui constituent un milieu plus homogène et
plus réduit d'ailleurs.
Les électeurs urbains de l'opposition
ne voulaient pas voter. Si on fait rentrer les abstentionnistes dans le partage
gauche-droite, nous n'avons plus le même résultat : il y a eu plus d'abstention
parmi les gens qui, dans une consultation, voteraient à droite ou centre-droit
que parmi ceux qui voteraient à gauche. La configuration que vous nous décrite
précédement s'explique en grande partie par l'abstention.
Après deux secousses successives,
celle de 1997 et celle de 1999, nous sommes dans la situation qu'a connu l'Italie,
c'est à dire la fin d'un système politique lâché par les "chiens"
(nous sommes habitués à voir des régimes politiques tomber sur le coup de
leurs adversaires mais souvent ils sont abandonnés par les leurs).
Là, les électeurs qui avaient soutenu
pendant longtemps la Vème République, ses structures, ses choix d'organisation
étaient déçus et cela ne leur convenait plus. Ils l'ont manifesté soit en
votant contre, soit en ne votant plus ou pour des listes comme celle des chasseurs
(qui ont d'ailleurs fait un très bon résultat) ou la liste Pasqua. Ces listes
ont récupéré les suffrages de ceux qui ne voulaient pas aller vers les autres
listes. Il y a probablement un vote positif pour cette liste mais il y a surtout
un vote dans une certaine bourgeoisie conservatrice. Il faut faire rentrer,
dans l'analyse sur les conséquences,
les électeurs qui se sont abstenus.
Le milieu politico-médiatique français
considère que sous mon septennat la France n'était pas bien gouvernée, (mais
que depuis on a vu apparaître des talents exceptionnels....) Nous avons quand
même gagné deux élections en 1978 et en 1979 dans des circonstances politiques
pas faciles (nous avions des crises politiques fortes) et en 1979 la droite
modérée a eu 44 % des voix, à un moment ou on pouvait dire qu'il y avait "usure"
du pouvoir.
Il faut s'interroger sur ce qui s'est
passé en France depuis et comment on est passé de cette situation là à la
situation d'aujourd'hui.
Aux élections européennes de 1984
et 1989, la droite a fait, au total, à peu près 37 % des voix (notre liste
ayant obtenu 29 % des suffrages auxquels s'ajoutaient les 8 % de Simone Veil).
C'est à partir de 1994 que l'on a
vu le système peu à peu se dégrader très fortement. Quel est le motif de cette
forte inflexion et quelles en sont les causes essentielles ?
Le référendum sur Maastricht n'a-t-il
pas introduit dans la droite une division irréversible ?
Il y a en fait la combinaison de
deux phénomènes. La droite française, qui était avant très pro-européenne,
l'est maintenant beaucoup moins. Mais pourquoi ? Le débat sur Maastricht a
été l'occasion de faire apparaître l'affaiblissement de la foi pro-européenne
des Français ainsi qu'une génération nouvelle d'anti-européens (Philippe de
Villiers qui n'était ni pro ni anti-européen à l'origine a trouvé un gisement
anti-européen et il l'a développé à partir de ce moment- là). Effectivement,
il y a maintenant depuis Maastricht et de ce fait une certaine coupure. Toute
l'histoire Séguin, intéressante et complexe, dans ces élections est un sous-produit
de Maastricht.
L'autre chose fondamentale est que
la vocation, la fonction du RPR dans la société politique française n'est
plus reconnue par le Président de la République. Le RPR n'était pas un parti,
c'était une structure horizontale qui allait de personnes qui étaient assez
à gauche (Capitan, Grandval, Valon, Malraux) jusqu'à la droite capitaliste
réactionnaire. C'était une structure horizontale définie par une fonction
: apporter un large soutien à l'action du Président de la République issu
de ses rangs. Il y avait donc une relation qui marchait dans les deux sens.
Cette relation a été dénouée d'abord à cause de la double élection de 1995
et ensuite de la cohabitation, puisque la cohabitation a conduit le Président
de la République à paraître renoncer, ou en tout cas, à déposer sa relation
intime avec le RPR. Donc, la fonction du RPR dans la société politique française
n'est plus exercée, n'est plus définie. Cela explique en grande partie le
désarroi de cette formation. La tactique qui a été suivie (la non implication
de Jacques Chirac dans la campagne et le non soutien apporté à la liste, qui
était en fait la sienne, ou à propos de laquelle il était beaucoup intervenu)
a achevé de rompre cette utilité du RPR dans la société politique française.
Quand on observe les scrutins européens
de 1979, 1984 et 1989, il y avait, pour ces élections là, un fort enjeu de
politique intérieure.
1979 marquait le coup des législatives
que la majorité présidentielle de l'époque avait gagné en 1978 contre toute
attente. Elles ont été les premières législatives avec primaires généralisées.
Il y avait une volonté de revanche de Jacques Chirac et du RPR par rapport
à la liste de Simone Veil qui avait le soutien du Président Giscard d'Estaing.
C'était donc un enjeu de politique intérieure
En 1984, il en était de même : nous
étions après la défaite de 1981, il y avait une volonté de l'opinion de droite
de se rassembler. En 1989, on venait de perdre contre toute attente la présidentielle
de 1988. Il y avait également une volonté de l'électorat de droite de se rassembler.
En 1994, la droite avait gagné les
législatives de 1993, la situation n'était plus la même. Pour les élections
de cette année il y avait des enjeux de politique intérieure qui ont disparu
en 1994 et 1999.
Certaines communes ont voté à plus
de 50% pour les chasseurs. Dans ce cas, les gens ont voté pour ce qui leur
était utile "A quoi ça sert de voter Sarkozy ou Pasqua, notre problème
c'est la chasse de nuit donc notre intérêt politique est bien de voter chasseurs".
Malgré ce départ d'électeurs par désintérêt, il y a toujours dans cette élections
des enjeux de politique intérieure et d'intérêt des électeurs.
Cela s'est remarqué auparavant dans des élections anticipées sur des
listes nationales et dans cette affaire, la disparité du vote et le vote chasseur
s'expliquent également par des considérations d'intérêt électoral à court
terme et qui ont été très bien cernées par l'électorat.
Le vote n'était pas contre l'Europe,
mais contre l'Europe qui vient d'en haut, c'est à dire une Europe à la Bismarck
: les choses se décident par des traités. Ce que nous appelons nous des propos
anti-européens, c'est en fait des gens qui disent : nous sommes pour l'Europe,
mais... il faut faire attention à l'environnement, au fédéralisme. La vrai
synthèse de tous ces "mais" est que nous sommes pour l'Europe mais
à condition qu'il y ait une véritable démocratie européenne. Il y aurait bien
des choses à faire rentrer dans le champ politique européen et que la vision
bismarkienne, par des traités, est quelque chose qui n'intéresse pas forcément
l'opinion publique. C'est un ancrage très fort.
Jacques
Chirac en fait a bouleversé le paysage politique français (il n'y a plus d'alternance)
à plusieurs reprises depuis de nombreuses années. Cela peut être une des causes
du vote français non conforme aux votes des autres pays européens.
L'abstention a été plus importante
à droite semble-t-il.
Dans un sondage IPSOS (Le Point 18/6/99)
en 1997, parmi les électeurs UDF/RPR/Divers droite l'abstention est de 49
% ; 43 % à gauche. Si le taux d'abstention avait été également réparti, cela
aurait pu corriger d'un point les suffrages exprimés. Cela ne suffit pas à
répondre à un déficit de la droite cette fois-ci, même si le taux de mobilisation
a été effectivement différencié.
La droite française est effectivement
devenue plus anti-européenne au cours des années. Il semble que ce soit aussi
le cas dans les autres partis de droite dans les différents pays européens,
et cela pose un problème. L'Allemagne a fait toute sa campagne sur la contribution
au budget européen, ce qui n'est pas un thème pro-européen. Il faut bien voir
que les élections européennes et le système budgétaire de l'Union européenne,
organise la confrontation du national et de l'Europe : on est un bon gouvernement
quand on peut dire "on paye moins" et on n'est pas un bon gouvernement
quand on annonce "je vais réduire la contribution de mon pays" et que l'on
revient affronter les électeurs en n'ayant pas vraiment obtenu la réduction
de la contribution de son pays puisqu'il se trouvait qu'on occupait la présidence
en même temps et que donc on était chargé de trouver le compromis final. Il
est clair que les sociaux-démocrates allemands ont été totalement pris à contre
pied et ont très mal géré d'ailleurs l'approche des élections de ce point
de vue : il ne fallait pas avancer ce thème de campagne qui a certes servi
à battre les démocrates chrétiens aux élections législatives de septembre
mais s'est retourné violemment contre eux aux élections européennes de juin.
Quand au Parti Conservateur britannique,
il a mené une campagne fortement et totalement anti-européenne, anti-euro
en réalité et avec un taux de votants dérisoire et, pour le coup, le raisonnement
français s'appliquerait à grande échelle en Grande-Bretagne : avec un taux
de participation pareil, on ne peut pas tirer des conclusions fortes sur le
rapport des forces politiques britanniques.
Est-ce la fin d'un système politique
? Il existe en effet un épuisement du système institutionnel de la Vème République.
Les cohabitations à répétition, les problèmes de la fonction présidentielle
dans lesquels nous sommes, le problème de l'Union européenne et de la décentralisation
font que les institutions mises en place par le Général de Gaulle qui ont
fonctionné "cahin-caha" jusqu'à la fin des années 80, début des
années 90.
Lors de la première cohabitation
en 1986-1988, on pouvait penser que le système institutionnel allait encore
bien et que l'adoption du quinquennat serait une réforme institutionnelle
qui suffirait à corriger et modifier les équilibres. Les plus fervents avocats
du quinquennat aujourd'hui ne considèrent sans doute plus que cela suffirait
à changer profondément la donne. Cela peut-il d'ailleurs vraiment le faire
? Si on est en fin de système politique, il y aura forcément des conclusions
considérables qui devraient en être tirées.
Les enjeux de politique intérieure
ont été fortement dominant et ils ont cessé de l'être. Et ceci est très intéressant.
En 1984, l'électorat de droite était "vent debout" et voulait absolument
se saisir de l'élection européenne pour manifester son mécontentement et son
hostilité aux socialistes et revenir, d'une certaine façon, sur le vote de
1981, dans la mesure où il le pouvait.
C'est intéressant de constater qu'en
1999, les socialistes étant là depuis 2 ans, et ayant occupé le pouvoir depuis
1981, pendant une période de 12 ans sur ce total, les électeurs de droite
ne se sont pas du tout mobilisés pour un enjeu de politique intérieure. Cela
veut aussi dire que d'une part, le gouvernement n'a pas mal géré les choses
de son point de vue, mais qu'aussi les élections européennes ont acquis au
fil du temps une certaine autonomie.
Quand au vote des chasseurs c'est
un triple "zut" à l'Europe, aux partis et à Dominique Voynet. Il
y a une très forte composante anti-Voynet. Le très bon résultat écologiste
de Daniel Cohn-Bendit peut conduire Lionel Jospin à considérer qu'il faut
un certain rééquilibrage politique. Mais dans le résultat chasseur il y a
une hostilité violente au Ministre de l'Environnement qui est écologique.
Une façon habile de s'en sortir serait de donner une promotion à ce Ministre
de l'Environnement.
D'autre part, il existe c'est vrai,
le problème de la démocratie européenne mais il y a surtout un problème de
fond : pour les Européens, l'Europe est quelque chose de difficile : elle
n'avance que par et dans un processus de compromis, de transactions. La construction
européenne ne peut pas s'acclimater de clivages clairs, marquants et simples.
Si nous avions un Parlement Européen qui fonctionnait "droite/gauche"
avec la brutalité des parlements nationaux, on serait dans une situation où
l'Europe ne pourrait pas fonctionner. Et même l'un des risques et l'un des
dangers est la volonté de transposition des systèmes politiques nationaux
aux systèmes politiques européens.
Une évolution institutionnelle de
l'Europe est également nécessaire.. Mais on ne peut pas avoir la transposition
des confrontations nationales au niveau européen sinon on court le risque
de casser l'Europe. On le voit bien au Parlement Européen : en réalité le
PPE devient le principal parti, il n'est pas majoritaire et on aboutira très
souvent à des compromis entre le groupe socialiste et le groupe du PPE pour
faire avancer dans la mesure du possible, un certain nombre de dossiers. L'Europe
avance dans ces conditions là.
Quelle a été l'influence de la guerre
du Kosovo sur ces élections européennes ?
Il semble qu'elle a surtout été ressentie
en Grèce : l'opinion grecque était à 97 % dans les sondages à s'opposer à
l'intervention de l'OTAN (à cause de l'Eglise, c'est la solidarité orthodoxe).
Cela a pesé fortement dans le résultat des élections grecques.
Dans le reste de l'Europe, il n'y
a pas d'effet direct semble-t-il.
En Allemagne, l'élection s'est focalisée
sur la capacité du gouvernement Schroëder, la bonne marche du gouvernement
depuis quelques mois. avec une forte campagne sur le thème de la contribution
budgétaire de l'Allemagne. Même si c'était la première fois que l'Allemagne
intervenait dans un champ extérieur depuis 1945.
En Angleterre, c'est l'Euro qui a
compté. Ce qui est intéressant c'est de voir que la popularité de Tony Blair
n'a quand même eu aucun débouché, aucune efficacité. Peut-être se fixe-t-il
plutôt comme objectif le développement des libéraux démocrates.
Jean-Claude Casanova
Au regard des chiffres des élections,
on ne peut pas parler de défaite pure et simple de Tony Blair : il faut additionner
les voix de Blair et les voix libérales démocrates. C'est la première introduction
de la proportionnelle en Grande-Bretagne et Blair a profité d'un élargissement
de sa majorité pour isoler le parti conservateur à la fois sur une base géographique
strictement anglaise et à la fois sur la droite de l'échiquier anti-européen.
Parler de défaite est trop court quand on a fait ce raisonnement.
L'image même du Parlement Européen
parmi les électeurs européens en général n'est pas excellente. On élisait
des représentants au Parlement Européen. Depuis 20 ans que ce parlement est
élu au suffrage universel, on peut se demander si au lieu d'un électorat européen
S'il n'était pas entaché par une mauvaise image, les traitements abusifs,
le coût de ce Parlement. Cela n'a-t-il pas joué pour détourner les électeurs
de voter pour des députés qui ne "servent" pas à grand chose ?
L'abstention ne peut-elle pas s'expliquer,
en France, par une sorte de rejet des formations politiques et de la classe
politique telle qu'elle s'est exprimée à travers cette campagne ? Cela expliquerait
le vote protestataire du type chasseur et peut-être une réaction par rapport
à l'offre politique que les formations traditionnelles ont représenté dans
cette campagne.
L'image du Parlement Européen est
effectivement assez médiocre mais plus par ignorance que par un fort contenu.
Les électeurs ignorent totalement qui sont les parlementaires européens. Il
existe aussi une ignorance des pouvoirs du Parlement Européen et, de ce point
de vue, les pro-européens se sont réjouis un peu vite que le Parlement ait
provoqué la démission de la Commission. Le Parlement est orienté à droite,
les gouvernements sont orientés à gauche. Ces derniers devront tenir compte,
dans la désignation des commissaires européens, d'un équilibre politique pour
répondre à ce risque de transposition du clivage gauche/droite.
Les électeurs demandent de la lisibilité
et souhaiteraient que le Parlement Européen soit exactement le pendant des
parlements nationaux avec les mêmes pouvoirs. Cela n'est pas le cas même si
ses pouvoirs se renforcent. Les électeurs souhaiteraient des clivages parfaitement
lisibles et parfaitement clairs. L'idéal serait que le Président de la Commission
soit désigné par ses votes. Ce serait un meilleur système pour les électeurs
mais ce ne serait pas forcément le système de compromis et de transaction
sur lequel avance l'Europe. Il y a dans ce schéma une vraie et forte contradiction.
De ce point de vue, les réformes
de mode de scrutin seraient sans doute souhaitables (supprimer le mode de
scrutin national car là le rejet de la classe politique s'accentue par les
jeux partisans que la proportionnelle nationale développe à l'excès). Les
chefs de partis sont obligés d'être candidats d'une certaine façon. A partir
du moment où l'un commence à l'être, tous les autres "doivent" l'être.
Sarkozy savait très bien qu'il ne devait pas être tête de liste pour ces élections
et que ce serait la pire catastrophe pour lui. Son objectif était d'être tranquillement
président du RPR. Il ne lui a pas été possible d'envoyer quelqu'un d'autre
à la tête de cette liste et Chirac lui a dit assez vite qu'il devait y aller.
Et en même temps, le chef doit aussi montrer sa capacité à affronter l'épreuve.
On est donc dans une situation où
les chefs de partis sont obligés d'aller à ces élections. Cela devient effectivement
une bagarre de chapelles alors que les électeurs voudraient que ce soient
des élections européennes avec une finalité européenne (qu'on soit favorable
ou réservé à l'égard de l'Europe). Il y a là aussi contradiction, inadéquation
et affaiblissement. Sarkozy a quand même essayé de reconstruire un système
d'affrontement politique national classique, avec par exemple, l'appel au
vote utile. Vote utile dans un scrutin national où la première liste pouvait
à peine essayer de dépasser 20 % des suffrages, c'est une performance difficile
à concevoir....
Philippe Vasseur
Au cours de cette campagne européenne,
la présence des chefs de partis ramenait cette élection à une dimension purement
nationale très politicienne, mais surtout, on présentait aux Français des
candidats dont on savait pertinemment qu'ils n'iraient pas siéger à Strasbourg
ou qu'ils iraient trois ou six mois. L'Europe était un moyen pour eux
de régler leurs problèmes nationaux mais certainement pas d'aller siéger au
Parlement Européen. C'est quelque chose d'effarant de se présenter à une élection
en disant aux électeurs : on veut vos voix mais de toute façon c'est pour
ne rien en faire car nous n'irons pas siéger. Cela a sûrement joué dans cette
élection.
Les électeurs ne souhaitent pas moins
d'Europe. Ils sont de plus en plus favorables à la construction de l'Europe.
Elle existe de plus dans la vie de tous les jours grâce, par exemple :
- à l'Euro : sa mise en place est
un point de passage obligé qui sera
extrêmement fort et peut-être même difficile à gérer quand les choses vont
véritablement se produire.
- à la majorité des étudiants qui
cherchent à placer, dans leur cursus, une année en Europe. Le désir d'Europe
existe et est assez fort. Cependant, les électeurs ne savent pas très bien
comment se concrétise le désir d'Europe. Dans les enquêtes, lorsque l'on demande
ce qu'il faut faire pour faire avancer l'Europe, les électeurs sont complètement
perdus.
Pour préparer l'élargissement nouveau,
il faut engager une réforme institutionnelle. Lorsque, dans les enquêtes,
on isole les "fanatiques" de l'Europe, ceux qui la veulent et qui
sont favorables à l'élargissement, même eux ne comprennent pas l'enjeu d'une
réforme des institutions européennes, c'est quelque chose d'extrêmement compliqué.
Le désir d'Europe existe donc mais
il a un peu de mal à se concrétiser.
Il y a donc eu l'événement de l'élection
européenne dont nous venons de parler et il y a eu le conseil européen de
Cologne des 3 et 4 juin derniers. On a pu remarquer le glissement sémantique
de ces affaires : les dirigeants européens recommencent à parler de sommet.
Ce ne sont pas des sommets, ce sont des conseils. Sommet c'est le vocabulaire
de la conférence européenne, ce n'est pas le vocabulaire de l'Union européenne.
Quiconque dit sommet pense en fait en terme de conférence européenne et non
en terme d'Union européenne.
Ils ont donc tenu ce sommet de Cologne,
qui était le dernier sommet de la présidence allemande. Cette présidence s'était
donnée pour tâche de régler les problèmes financiers de l'agenda 2000, ce
qui a été fait à Berlin dans des conditions assez raisonnables : on a décidé
de conserver le système tel quel en gardant les deux prébendes intactes des
Britanniques et des Espagnols et en conservant intact le surcoût payé par
les Allemands. On a réglé le problème dans des conditions qui ne font pas
progresser les choses et qui expliquent, en partie, peut-être le vote anti-Schröder
en Allemagne.
Le deuxième sujet qui avait été annoncé était la réforme institutionnelle sur lequel il était prévu que le conseil européen de Cologne réglerait le problème. Non seulement, il ne l'a pas réglé, on pouvait l'imaginer, mais il n'a même pas engagé le processus. Tout à fait au début de la présidence allemande, Schröeder avait promis de régler le problème de la réforme institutionnelle.