COMPTE RENDU DE LA REUNION DU 16 JUIN 1999

 

 

 

Intervenants :

 

Valéry Giscard d’Estaing

Georges de La Loyère

Jérôme Jaffré

Dominique Bussereau

Philippe Mahrer

Philippe Vasseur

Jean-Claude Casanova

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


V. Giscard d'Estaing

 

Nous sommes réunis aujourd'hui pour conduire une réflexion sur :

- les enseignements européens des élections européennes

- l'état de l'Europe au lendemain de ces élections

Elles revêtent un aspect particulier du fait du nombre de choix dans les différents Etats. Le paysage européen, en tant que tel, est donc en train de bouger.

 

G. de la Loyère

 

Cette réunion avait été prévue dans un cadre assez intéressant puisque, au lendemain de cette élection européenne, on peut constater une situation un peu paradoxale qui consiste à voir une Union européenne dirigée par des gouvernements qui sont, en général, d'inspiration socialiste ou social-démocrate et une majorité relative au Parlement Européen d'inspiration plutôt de centre droit. La première question qui se pose est de savoir d'abord quelle est cette majorité : est-elle homogène, a-t-elle finalement des conceptions semblables sur l'Europe ?

Le deuxième point serait d'essayer de comprendre pourquoi les Européens ont manifesté un désintérêt aussi grand vis-à-vis de cette élection alors que le Parlement Européen peut devenir paradoxalement un élément important des institutions européennes et, pour la première fois, jouer un rôle de premier ordre.

 

L'autre préoccupation est l'émergence d'un vote protestataire important que l'on a peut-être un peu de mal à expliquer. Il est intéressant de voir le vote d'un certain nombre de pays voisins, notamment l'Allemagne et l'Angleterre.

En Allemagne le vote était relativement prévisible alors qu'en Angleterre il semble que ce soit essentiellement un vote anti-européen et surtout "anti-euro" basé sur la campagne qui a été menée par les conservateurs sur le thème "la Livre doit rester en dehors de l'Euro" alors que le gouvernement de Tony Blair s'était engagé plutôt à aller progressivement vers une rentrée de la Livre dans l'Euro.

 

La question que l'on peut se poser est de savoir quelles vont être les conséquences de cette nouvelle donne européenne sur la réforme des institutions européennes ? Comment le Parlement va-t-il gérer les choses ? Comment le Parlement va-t-il se situer par rapport à la constitution de la Commission européenne, dans la mesure ou le Conseil et le Parlement peuvent avoir des avis relativement différents sur cette constitution. Cette Commission, pour avoir l'investiture du Parlement Européen, devra sans doute être un peu modifiée par rapport aux idées initiales que les gouvernements pouvaient avoir.

Le Parlement pourra-t-il prendre des initiatives de son côté pour pousser vers une réforme institutionnelle conséquente qui irait plus loin que ce qui a été fait précédemment, notamment dans le cadre d'Amsterdam.

 

Quelles sont donc les raisons du vote dans l'ensemble des pays européens et en France ?

 

 

Jérôme Jaffré

 

Le pourcentage extrêmement élevé de l'abstention est frappant au niveau européen. Le problème de la légitimité du Parlement Européen est incontestablement posé ; la question est également de savoir dans quelle mesure la crise des élections européennes débouche ou pas sur une crise de l'Europe elle-même.

 

Quelques chiffres : nous en sommes aux cinquièmes élections européennes (les premières ayant eu lieu en 1979). Le pourcentage d'abstention n'a jamais cessé d'augmenter à chaque scrutin. Il était en moyenne dans l'Europe de 1979 de 34%, il est resté à peu près stable jusqu'en 1989, il est monté à 41% dans l'Europe des 12 de 1994, il est à 49% dans l'Europe des 15 de 1999. On a donc gagné 8 points d'abstention entre la dernière élection européenne et celle-ci.

 

L'abstention a "progressé" de 6 points en France, mais elle a progressé de 15 points en Allemagne, pays généralement fortement participant aux élections et notamment aux élections européennes. Il y avait "seulement" 40% d'abstention en Allemagne en 1994, 55% cette fois-ci. Quand au Royaume Uni, les chiffres sont effrayants puisque nous sommes à 77% d'abstention, 90% dans certaines régions du Royaume Uni (nous étions à 64% en 1994).

 

Dans toutes les enquêtes d'opinion menées dans le cadre de la Commission européenne par l'Euro-baromêtre, l'opinion publique néerlandaise est toujours très favorable à l'Europe, pas seulement sur des questions générales mais aussi sur toutes les questions. Cela n'est donc pas à priori une question d'euro-scepticisme mais regardons les chiffres en Hollande : l'abstention était à 42% en 1979, 49% en 1984, 53% en 1989, 64% en 1994, et 70% en 1999.

Se pose la question de savoir s'il ne faut pas s'en arrêter là ! Ou si l'on va devoir aller vers 90% d'abstention aux élections européennes de 2009 en Hollande.

 

Dans ces chiffres, il y a d'abord une ignorance radicale du Parlement européen. Dans les enquêtes précédemment citées réalisées dans les 15 pays, en décembre 1998 donc avant la démission de la Commission par le Parlement et avant la campagne des européennes, 57% des Européens déclaraient n'avoir rien vu, rien lu, rien entendu récemment concernant le Parlement Européen.

C'est 10 points de plus que dans les enquêtes de même type réalisées 10 ans auparavant, 8 points de plus d'abstention, 10 points de plus d'ignorance du Parlement Européen.

 

On est dans une situation où les électeurs n'ont pas de raison forte d'aller voter pour un parlement qu'ils ignorent. On dit souvent que l'on trouve les  abstentionnistes dans les catégories populaires, modestes et peu instruites. Et qu'en revanche les catégories culturellement élevées, les plus aisées vont voter et que donc, c'est un problème d'apprentissage de la démocratie européenne. En réalité, dans ces élections européennes, on s'aperçoit que 46% des cadres, que 50% des diplômés de l'enseignement supérieur (pourcentage en France) se sont abstenus. On ne peut donc pas renvoyer à une coupure peuple/élite pour considérer que le problème de l'abstention se situerait uniquement là.

 

Derrière cette abstention, n'y a-t-il pas, parmi les abstentionnistes des attitudes critiques à l'égard de l'Europe et un euro-scepticisme extrêmement développé ? Car le partage des voix entre pro-européens et anti-européens au regard des suffrages exprimés montre, derrière ces suffrages, les attitudes de ceux qui ne vont pas voter.

Dans les enquêtes faites en 1994 (celles de ce scrutin n'ont pas encore été réalisées) parmi les abstentionnistes (au niveau des 12 pays européens) :

 

30% sont pro-européens

28% sont dans une ignorance complète du système européen

41% sont critiques à l'égard de l'Europe

 

Parmi les votants :

 

44% sont des pro-européens

Il y a bien une dimension de réticence à l'égard de l'Europe dans l'abstention qui est particulièrement élevée par exemple au Royaume-Uni.

 

En France, le sentiment européen est influencé par la persistance du clivage introduit lors du référendum de Maastricht. Il continue de peser sur les résultats et sur les votes des élections européennes. On constate que le partage des voix entre les listes pro-européennes et les listes réservées à l'égard de l'Europe ne cesse de se resserrer.

 

En 1989, les pro-européens représentaient 72% des suffrages, les anti-européens (l'extrême droite et l'extrême gauche communistes compris) représentaient 26% des voix.

 

En 1994,         59,5% des suffrages pro-européens,

                        39% réservés ou anti-européens,

 

En 1999,         53% pour les pro-européens

                        41% réservés ou hostiles à l'égard de l'Europe

 

Les signes inquiétants se multiplient : entre 1994 et 1999, le score des pro-européens diminue chez les jeunes, les cadres, les salariés du secteur public donc dans un certain nombre de catégories importantes du pays.

 

Les favorables à l'Europe sont les listes Bayrou, Cohn-Bendit, Hollande et Sarkozy.

Les réservés à l'égard de l'Europe sont les listes Le Pen, Megret, Pasqua, Hue, les chasseurs, les listes d'extrême gauche.

C'est un clivage de tonalité des listes : il est clair que tous les électeurs d'une même liste ne sont pas tous pro ou anti-européens.

 

Le clivage entre pro-européens et anti-européens ne fonctionne pas de la même façon à gauche et à droite.

La gauche compte à peu près 3/4 d'électeurs favorables à l'Europe, et à droite ("les droites" avec l'extrême droite), on en compte 50%.

 

Pour la première fois dans ces élections il y a une très légère majorité (50,4%) d'électeurs de droite dans des listes réservées sur l'Europe, alors que 49,6 % sont pour l'Europe. C'est un renversement de tendance très impressionnant. Quand on regarde la distribution des départements selon le vote "oui" au référendum de Maastricht, on constate un vote Bayrou/Sarkozy indexé sur le vote oui et un vote Pasqua indexé sur le vote non.

Plus les départements ont été favorables au "oui", plus les scores Bayrou et Sarkozy sont élevés, plus les départements ont voté pour le "non", plus le score de la liste Pasqua est élevé.

 

Dans ce paysage politique de la droite, l'aide donnée à la renaissance du Front National dans les années 80 et l'introduction du référendum de Maastricht en 1992, ont été deux bombes à "fragmentation" laissées par François Mitterrand dans le paysage de la droite française.

 

La situation de la droite en France est totalement atypique par rapport au résultat des droites européennes. C'est d'autant plus étonnant que la situation de la droite française, au moins sur le papier, ne devait pas être aussi mauvaise que cela.

 

Ailleurs, ce résultat des élections européennes est tout à fait satisfaisant : en Allemagne et au Royaume-Uni, le résultat est  spectaculairement favorable ; en Espagne, le résultat conforte le gouvernement Aznar sans être un raz de marée.

 

Nous sommes dans la situation où, dans les cycles électoraux de sciences politiques, une élection intermédiaire située deux ans après l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement est un moment très favorable politiquement, c'est un moment normalement ou l'usure du pouvoir se fait sentir, et ou une opposition normalement constituée a des chances réelles de regagner du terrain.

 

L'affaiblissement et la crise de l'extrême droite étaient installés dans le paysage politique depuis six mois et devaient produire des effets. Ils ont produit des effets.

On peut regretter, à certains égards, qu'il n'y ait pas eu de liste d'union. Mais, si on considère que la proportionnelle doit s'accompagner d'une offre politique très large pour permettre une très grande diversité des choix afin "d'additionner" le soir des élections, on peut dire que ces résultats n'ont pas été à la hauteur.

 

Ces résultats sont évidemment globalement très mauvais pour la droite modérée, la droite républicaine. Pour chacune de ces trois listes, ils sont soit limités, soit décevants, soit catastrophiques.

35% pour l'ensemble des droites c'est soit disant pas si mal que ça, la gauche plurielle est à 38,5%. En réalité, le score de la droite diminue à chaque élection (en 1997, la droite modérée a obtenu son plus bas score de toutes les élections en France au suffrage universel).

Deuxièmement, il y a eu un affaiblissement de l'extrême droite : si nous regardons le total droite + extrême droite comme indicateur politique, nous avions toujours plus de 50% des voix à toutes les élections pour cet indicateur depuis 10 ans ce qui faisait dire "en réalité ce pays est à droite et il est gouverné à gauche, c'est une aberration". Mais là, nous avons 44% des voix pour ce total droite + extrême droite au lieu de 50% l'année dernière aux régionales de 1998. Le total des voix de gauche, lui, n'a pas diminué : il est de 43,7 %, il était de 44,3% aux législatives.

Quand on additionne les voix des trois listes, la droite modérée n'attire pas plus d'un quart des suffrages parmi les électeurs de moins de 50 ans. On est autour de :

                                               26 % des voix parmi les 18-24 ans

                                               27 % des voix parmi les 25-34 ans

                                               28 % des voix parmi les 35-49 ans

Il faut aller à partir de 50 ans pour avoir un pourcentage un peu plus élevé.

 

Les résultats, nous l'avons dit plus haut, sont limités, décevants voire catastrophiques.

Limité, c'est le score de la liste Bayrou (9,3%) qui s'extasie de sa petite différence avec la liste RPR-DL. On est encore loin d'une forte existence. Cette liste, dans son résultat, est fortement corrélée au vote européen et au niveau de diplôme (plus on est diplômé, plus on a voté pour cette liste, c'est le pendant de la liste Cohn-Bendit à gauche). Les résultats, malgré tout, restent assez limités : par exemple seulement 12,5% des voix en Ille-et-Vilaine, 16% en Alsace, Bouches-du-Rhône 6%, Pas-de-Calais 6% également.

 

Le résultat décevant est celui de la liste Pasqua 13,1% mais bien sûr succès politique dans ce contexte. A la vérité, compte tenu de l'effondrement de la liste RPR-DL, la liste Pasqua aurait du se situer à un niveau sensiblement plus élevé. Elle n'est qu'un demi point au-dessus de la liste Villiers de 1994, ce qui n'est quand même pas un progrès tout à fait considérable. Ses électeurs sont des travailleurs indépendants, des agriculteurs, des commerçants, des petits chefs d'entreprise. Si elle n'est pas montée plus haut que ce score là, c'est qu'elle n'a réalisé aucune percée dans l'électorat populaire. En réalité, les employés, les ouvriers ne se sont pas reconnus dans la liste Pasqua. Prenons des résultats dans des villes fortement marquées par la structure populaire : Lanester (banlieue ouvrière de Lorient) 8,4 %, Grandessaint (Nord) 7,3%, Lievin (Pas-de-Calais) 6,9% , Pierrefitte (Seine Saint-Denis) 9,8%. Cela dit, cette liste dans ces villes populaires, est toujours en tête de la droite. Mais souvent avec des scores inférieurs à 10%.

 

Le résultat catastrophique appartient à la liste Sarkozy-Madelin, liste "erzast" de légitimité, "erzast" de vote bourgeois, rien de plus.

 

La liste Bayrou est donc la liste diplômée pro-européenne, la liste Pasqua correspond à un vote indépendant et anti-européen. La liste Sarkozy, sociologiquement, se situe un peu parmi les personnes âgées mais n'a, en réalité, aucun point fort. Vote de légitimité, vote d'Outre Mer, vote de Corse, vote de Corrèze. Vote bourgeois : 31,5% dans le 16ème arrondissement de Paris, 25,6% dans le 7ème, 22,9% au Chesnay, 22,5% à Saint-Cloud, 21,1% à Saint Germain en Laye, 19,8% à Versailles. Neuilly 41% des voix....

 

Cette liste a réalisé un score très faible dans les villes ouvrières : entre 4 et 7% des suffrages.

 

Quelles sont les causes de cet échec ?

 

Tout d'abord, un problème de leadership s'est posé : ces élections européennes, dans lesquelles Philippe Séguin avait abandonné son poste à la mi-avril, sont arrivées trop tôt pour Nicolas Sarkozy. Le "traître" de 1995 se trouve devenu le chantre de Jacques Chirac quatre ans plus tard. Ceci était évidement une situation aberrante aux yeux de l'électorat.

 

Il y a également un profond problème de positionnement politique de la liste, et là, nous revenons à la dimension européenne : cette liste a résolument opté sur un positionnement purement national. Alors que, dans ces élections européennes, les électeurs soit s'abstiennent beaucoup, soit aiment bien entendre parler d'Europe.

 

Adopter un positionnement purement politicien et de politique intérieure française était finalement décalé par rapport aux aptitudes de l'électorat. D'autant plus que le positionnement anti-gouvernemental maximum, vote anti-socialiste à mort, ne correspondait pas au climat politique du pays aujourd'hui. Le positionnement de proximité par rapport au Président de la République s'est trouvé être un positionnement un peu décalé.

 

Dans le vote Pasqua, on trouve la dimension anti-européenne mais également la dimension anti-cohabitant. Nous sommes engagés dans une cohabitation de longue durée qui désarçonne profondément l'électorat de droite. Ce n'est pas une cohabitation courte, c'est une cohabitation interminable. Dans un sondage réalisé dimanche 13 juin, les électeurs RPR qui souhaitent que l'Assemblée Nationale aille jusqu'à son terme, ont beaucoup plus voté Sarkozy, et ceux qui veulent qu'on arrête les choses avant ont beaucoup plus voté Pasqua.

 

Jacques Chirac s'est donc trouvé piégé dans ces élections européennes (par lui même diraient certaines mauvaises langues) mais aussi par Pasqua, par Bayrou qui a privé le RPR de la liste d'union (qui l'aurait fait disparaître dans ce combat), et enfin par Séguin, bien évidement. On arrive à la situation ou le roi est nu...

 

V. Giscard d'Estaing

 

L'abstention en France a ressemblé pour partie à un vote hostile. Ce n'était pas une abstention d'indifférence. Quand on classe européen/anti-européen, droite/gauche il faudrait également classer les abstentionnistes. Naturellement, c'est très difficile. Mais quand on voit les comportements que nous avons pu observer, nos électeurs ne voulaient pas voter, ils ont fait un effort sur eux-mêmes pour voter. Sauf peut-être les électeurs de la liste Bayrou qui constituent un milieu plus homogène et plus réduit d'ailleurs.

 

Les électeurs urbains de l'opposition ne voulaient pas voter. Si on fait rentrer les abstentionnistes dans le partage gauche-droite, nous n'avons plus le même résultat : il y a eu plus d'abstention parmi les gens qui, dans une consultation, voteraient à droite ou centre-droit que parmi ceux qui voteraient à gauche. La configuration que vous nous décrite précédement s'explique en grande partie par l'abstention.

 

Après deux secousses successives, celle de 1997 et celle de 1999, nous sommes dans la situation qu'a connu l'Italie, c'est à dire la fin d'un système politique lâché par les "chiens" (nous sommes habitués à voir des régimes politiques tomber sur le coup de leurs adversaires mais souvent ils sont abandonnés par les leurs).

 

Là, les électeurs qui avaient soutenu pendant longtemps la Vème République, ses structures, ses choix d'organisation étaient déçus et cela ne leur convenait plus. Ils l'ont manifesté soit en votant contre, soit en ne votant plus ou pour des listes comme celle des chasseurs (qui ont d'ailleurs fait un très bon résultat) ou la liste Pasqua. Ces listes ont récupéré les suffrages de ceux qui ne voulaient pas aller vers les autres listes. Il y a probablement un vote positif pour cette liste mais il y a surtout un vote dans une certaine bourgeoisie conservatrice. Il faut faire rentrer, dans  l'analyse sur les conséquences, les électeurs qui se sont abstenus.

 

Le milieu politico-médiatique français considère que sous mon septennat la France n'était pas bien gouvernée, (mais que depuis on a vu apparaître des talents exceptionnels....) Nous avons quand même gagné deux élections en 1978 et en 1979 dans des circonstances politiques pas faciles (nous avions des crises politiques fortes) et en 1979 la droite modérée a eu 44 % des voix, à un moment ou on pouvait dire qu'il y avait "usure" du pouvoir.

Il faut s'interroger sur ce qui s'est passé en France depuis et comment on est passé de cette situation là à la situation d'aujourd'hui.

 

Aux élections européennes de 1984 et 1989, la droite a fait, au total, à peu près 37 % des voix (notre liste ayant obtenu 29 % des suffrages auxquels s'ajoutaient les 8 % de Simone Veil).

 

C'est à partir de 1994 que l'on a vu le système peu à peu se dégrader très fortement. Quel est le motif de cette forte inflexion et quelles en sont les causes essentielles ?

 

 

Le référendum sur Maastricht n'a-t-il pas introduit dans la droite une division irréversible ?

 

Il y a en fait la combinaison de deux phénomènes. La droite française, qui était avant très pro-européenne, l'est maintenant beaucoup moins. Mais pourquoi ? Le débat sur Maastricht a été l'occasion de faire apparaître l'affaiblissement de la foi pro-européenne des Français ainsi qu'une génération nouvelle d'anti-européens (Philippe de Villiers qui n'était ni pro ni anti-européen à l'origine a trouvé un gisement anti-européen et il l'a développé à partir de ce moment- là). Effectivement, il y a maintenant depuis Maastricht et de ce fait une certaine coupure. Toute l'histoire Séguin, intéressante et complexe, dans ces élections est un sous-produit de Maastricht.

 

L'autre chose fondamentale est que la vocation, la fonction du RPR dans la société politique française n'est plus reconnue par le Président de la République. Le RPR n'était pas un parti, c'était une structure horizontale qui allait de personnes qui étaient assez à gauche (Capitan, Grandval, Valon, Malraux) jusqu'à la droite capitaliste réactionnaire. C'était une structure horizontale définie par une fonction : apporter un large soutien à l'action du Président de la République issu de ses rangs. Il y avait donc une relation qui marchait dans les deux sens. Cette relation a été dénouée d'abord à cause de la double élection de 1995 et ensuite de la cohabitation, puisque la cohabitation a conduit le Président de la République à paraître renoncer, ou en tout cas, à déposer sa relation intime avec le RPR. Donc, la fonction du RPR dans la société politique française n'est plus exercée, n'est plus définie. Cela explique en grande partie le désarroi de cette formation. La tactique qui a été suivie (la non implication de Jacques Chirac dans la campagne et le non soutien apporté à la liste, qui était en fait la sienne, ou à propos de laquelle il était beaucoup intervenu) a achevé de rompre cette utilité du RPR dans la société politique française.

 

 

 

Dominique Bussereau

 

Quand on observe les scrutins européens de 1979, 1984 et 1989, il y avait, pour ces élections là, un fort enjeu de politique intérieure.

1979 marquait le coup des législatives que la majorité présidentielle de l'époque avait gagné en 1978 contre toute attente. Elles ont été les premières législatives avec primaires généralisées. Il y avait une volonté de revanche de Jacques Chirac et du RPR par rapport à la liste de Simone Veil qui avait le soutien du Président Giscard d'Estaing. C'était donc un enjeu de politique intérieure

 

En 1984, il en était de même : nous étions après la défaite de 1981, il y avait une volonté de l'opinion de droite de se rassembler. En 1989, on venait de perdre contre toute attente la présidentielle de 1988. Il y avait également une volonté de l'électorat de droite de se rassembler.

En 1994, la droite avait gagné les législatives de 1993, la situation n'était plus la même. Pour les élections de cette année il y avait des enjeux de politique intérieure qui ont disparu en 1994 et 1999.

 

Certaines communes ont voté à plus de 50% pour les chasseurs. Dans ce cas, les gens ont voté pour ce qui leur était utile "A quoi ça sert de voter Sarkozy ou Pasqua, notre problème c'est la chasse de nuit donc notre intérêt politique est bien de voter chasseurs". Malgré ce départ d'électeurs par désintérêt, il y a toujours dans cette élections des enjeux de politique intérieure et d'intérêt des électeurs.  Cela s'est remarqué auparavant dans des élections anticipées sur des listes nationales et dans cette affaire, la disparité du vote et le vote chasseur s'expliquent également par des considérations d'intérêt électoral à court terme et qui ont été très bien cernées par l'électorat.

 

 

Philippe Mahrer

 

Le vote n'était pas contre l'Europe, mais contre l'Europe qui vient d'en haut, c'est à dire une Europe à la Bismarck : les choses se décident par des traités. Ce que nous appelons nous des propos anti-européens, c'est en fait des gens qui disent : nous sommes pour l'Europe, mais... il faut faire attention à l'environnement, au fédéralisme. La vrai synthèse de tous ces "mais" est que nous sommes pour l'Europe mais à condition qu'il y ait une véritable démocratie européenne. Il y aurait bien des choses à faire rentrer dans le champ politique européen et que la vision bismarkienne, par des traités, est quelque chose qui n'intéresse pas forcément l'opinion publique. C'est un ancrage très fort.

 

Jacques Chirac en fait a bouleversé le paysage politique français (il n'y a plus d'alternance) à plusieurs reprises depuis de nombreuses années. Cela peut être une des causes du vote français non conforme aux votes des autres pays européens.

 

 

Jérôme Jaffré

 

L'abstention a été plus importante à droite semble-t-il.

Dans un sondage IPSOS (Le Point 18/6/99) en 1997, parmi les électeurs UDF/RPR/Divers droite l'abstention est de 49 % ; 43 % à gauche. Si le taux d'abstention avait été également réparti, cela aurait pu corriger d'un point les suffrages exprimés. Cela ne suffit pas à répondre à un déficit de la droite cette fois-ci, même si le taux de mobilisation a été effectivement différencié.

 

La droite française est effectivement devenue plus anti-européenne au cours des années. Il semble que ce soit aussi le cas dans les autres partis de droite dans les différents pays européens, et cela pose un problème. L'Allemagne a fait toute sa campagne sur la contribution au budget européen, ce qui n'est pas un thème pro-européen. Il faut bien voir que les élections européennes et le système budgétaire de l'Union européenne, organise la confrontation du national et de l'Europe : on est un bon gouvernement quand on peut dire "on paye moins" et on n'est pas un bon gouvernement quand on annonce  "je vais réduire la contribution de mon pays" et que l'on revient affronter les électeurs en n'ayant pas vraiment obtenu la réduction de la contribution de son pays puisqu'il se trouvait qu'on occupait la présidence en même temps et que donc on était chargé de trouver le compromis final. Il est clair que les sociaux-démocrates allemands ont été totalement pris à contre pied et ont très mal géré d'ailleurs l'approche des élections de ce point de vue : il ne fallait pas avancer ce thème de campagne qui a certes servi à battre les démocrates chrétiens aux élections législatives de septembre mais s'est retourné violemment contre eux aux élections européennes de juin.

 

Quand au Parti Conservateur britannique, il a mené une campagne fortement et totalement anti-européenne, anti-euro en réalité et avec un taux de votants dérisoire et, pour le coup, le raisonnement français s'appliquerait à grande échelle en Grande-Bretagne : avec un taux de participation pareil, on ne peut pas tirer des conclusions fortes sur le rapport des forces politiques britanniques.

Est-ce la fin d'un système politique ? Il existe en effet un épuisement du système institutionnel de la Vème République. Les cohabitations à répétition, les problèmes de la fonction présidentielle dans lesquels nous sommes, le problème de l'Union européenne et de la décentralisation font que les institutions mises en place par le Général de Gaulle qui ont fonctionné "cahin-caha" jusqu'à la fin des années 80, début des années 90.

 

Lors de la première cohabitation en 1986-1988, on pouvait penser que le système institutionnel allait encore bien et que l'adoption du quinquennat serait une réforme institutionnelle qui suffirait à corriger et modifier les équilibres. Les plus fervents avocats du quinquennat aujourd'hui ne considèrent sans doute plus que cela suffirait à changer profondément la donne. Cela peut-il d'ailleurs vraiment le faire ? Si on est en fin de système politique, il y aura forcément des conclusions considérables qui devraient en être tirées.

 

Les enjeux de politique intérieure ont été fortement dominant et ils ont cessé de l'être. Et ceci est très intéressant. En 1984, l'électorat de droite était "vent debout" et voulait absolument se saisir de l'élection européenne pour manifester son mécontentement et son hostilité aux socialistes et revenir, d'une certaine façon, sur le vote de 1981, dans la mesure où il le pouvait.

 

C'est intéressant de constater qu'en 1999, les socialistes étant là depuis 2 ans, et ayant occupé le pouvoir depuis 1981, pendant une période de 12 ans sur ce total, les électeurs de droite ne se sont pas du tout mobilisés pour un enjeu de politique intérieure. Cela veut aussi dire que d'une part, le gouvernement n'a pas mal géré les choses de son point de vue, mais qu'aussi les élections européennes ont acquis au fil du temps une certaine autonomie.

 

Quand au vote des chasseurs c'est un triple "zut" à l'Europe, aux partis et à Dominique Voynet. Il y a une très forte composante anti-Voynet. Le très bon résultat écologiste de Daniel Cohn-Bendit peut conduire Lionel Jospin à considérer qu'il faut un certain rééquilibrage politique. Mais dans le résultat chasseur il y a une hostilité violente au Ministre de l'Environnement qui est écologique. Une façon habile de s'en sortir serait de donner une promotion à ce Ministre de l'Environnement.

 

D'autre part, il existe c'est vrai, le problème de la démocratie européenne mais il y a surtout un problème de fond : pour les Européens, l'Europe est quelque chose de difficile : elle n'avance que par et dans un processus de compromis, de transactions. La construction européenne ne peut pas s'acclimater de clivages clairs, marquants et simples. Si nous avions un Parlement Européen qui fonctionnait "droite/gauche" avec la brutalité des parlements nationaux, on serait dans une situation où l'Europe ne pourrait pas fonctionner. Et même l'un des risques et l'un des dangers est la volonté de transposition des systèmes politiques nationaux aux systèmes politiques européens.

 

Une évolution institutionnelle de l'Europe est également nécessaire.. Mais on ne peut pas avoir la transposition des confrontations nationales au niveau européen sinon on court le risque de casser l'Europe. On le voit bien au Parlement Européen : en réalité le PPE devient le principal parti, il n'est pas majoritaire et on aboutira très souvent à des compromis entre le groupe socialiste et le groupe du PPE pour faire avancer dans la mesure du possible, un certain nombre de dossiers. L'Europe avance dans ces conditions là.

 

 

 

Quelle a été l'influence de la guerre du Kosovo sur ces élections européennes ?

 

Il semble qu'elle a surtout été ressentie en Grèce : l'opinion grecque était à 97 % dans les sondages à s'opposer à l'intervention de l'OTAN (à cause de l'Eglise, c'est la solidarité orthodoxe). Cela a pesé fortement dans le résultat des élections grecques.

 

Dans le reste de l'Europe, il n'y a pas d'effet direct semble-t-il.

En Allemagne, l'élection s'est focalisée sur la capacité du gouvernement Schroëder, la bonne marche du gouvernement depuis quelques mois. avec une forte campagne sur le thème de la contribution budgétaire de l'Allemagne. Même si c'était la première fois que l'Allemagne intervenait dans un champ extérieur depuis 1945.

 

En Angleterre, c'est l'Euro qui a compté. Ce qui est intéressant c'est de voir que la popularité de Tony Blair n'a quand même eu aucun débouché, aucune efficacité. Peut-être se fixe-t-il plutôt comme objectif le développement des libéraux démocrates.

 

 

Jean-Claude Casanova

 

 

Au regard des chiffres des élections, on ne peut pas parler de défaite pure et simple de Tony Blair : il faut additionner les voix de Blair et les voix libérales démocrates. C'est la première introduction de la proportionnelle en Grande-Bretagne et Blair a profité d'un élargissement de sa majorité pour isoler le parti conservateur à la fois sur une base géographique strictement anglaise et à la fois sur la droite de l'échiquier anti-européen. Parler de défaite est trop court quand on a fait ce raisonnement.

 

L'image même du Parlement Européen parmi les électeurs européens en général n'est pas excellente. On élisait des représentants au Parlement Européen. Depuis 20 ans que ce parlement est élu au suffrage universel, on peut se demander si au lieu d'un électorat européen S'il n'était pas entaché par une mauvaise image, les traitements abusifs, le coût de ce Parlement. Cela n'a-t-il pas joué pour détourner les électeurs de voter pour des députés qui ne "servent" pas à grand chose  ?

 

L'abstention ne peut-elle pas s'expliquer, en France, par une sorte de rejet des formations politiques et de la classe politique telle qu'elle s'est exprimée à travers cette campagne ? Cela expliquerait le vote protestataire du type chasseur et peut-être une réaction par rapport à l'offre politique que les formations traditionnelles ont représenté dans cette campagne.

 

L'image du Parlement Européen est effectivement assez médiocre mais plus par ignorance que par un fort contenu. Les électeurs ignorent totalement qui sont les parlementaires européens. Il existe aussi une ignorance des pouvoirs du Parlement Européen et, de ce point de vue, les pro-européens se sont réjouis un peu vite que le Parlement ait provoqué la démission de la Commission. Le Parlement est orienté à droite, les gouvernements sont orientés à gauche. Ces derniers devront tenir compte, dans la désignation des commissaires européens, d'un équilibre politique pour répondre à ce risque de transposition du clivage gauche/droite.

 

Les électeurs demandent de la lisibilité et souhaiteraient que le Parlement Européen soit exactement le pendant des parlements nationaux avec les mêmes pouvoirs. Cela n'est pas le cas même si ses pouvoirs se renforcent. Les électeurs souhaiteraient des clivages parfaitement lisibles et parfaitement clairs. L'idéal serait que le Président de la Commission soit désigné par ses votes. Ce serait un meilleur système pour les électeurs mais ce ne serait pas forcément le système de compromis et de transaction sur lequel avance l'Europe. Il y a dans ce schéma une vraie et forte contradiction.

 

De ce point de vue, les réformes de mode de scrutin seraient sans doute souhaitables (supprimer le mode de scrutin national car là le rejet de la classe politique s'accentue par les jeux partisans que la proportionnelle nationale développe à l'excès). Les chefs de partis sont obligés d'être candidats d'une certaine façon. A partir du moment où l'un commence à l'être, tous les autres "doivent" l'être. Sarkozy savait très bien qu'il ne devait pas être tête de liste pour ces élections et que ce serait la pire catastrophe pour lui. Son objectif était d'être tranquillement président du RPR. Il ne lui a pas été possible d'envoyer quelqu'un d'autre à la tête de cette liste et Chirac lui a dit assez vite qu'il devait y aller. Et en même temps, le chef doit aussi montrer sa capacité à affronter l'épreuve.

 

On est donc dans une situation où les chefs de partis sont obligés d'aller à ces élections. Cela devient effectivement une bagarre de chapelles alors que les électeurs voudraient que ce soient des élections européennes avec une finalité européenne (qu'on soit favorable ou réservé à l'égard de l'Europe). Il y a là aussi contradiction, inadéquation et affaiblissement. Sarkozy a quand même essayé de reconstruire un système d'affrontement politique national classique, avec par exemple, l'appel au vote utile. Vote utile dans un scrutin national où la première liste pouvait à peine essayer de dépasser 20 % des suffrages, c'est une performance difficile à concevoir....

 

Philippe Vasseur

 

Au cours de cette campagne européenne, la présence des chefs de partis ramenait cette élection à une dimension purement nationale très politicienne, mais surtout, on présentait aux Français des candidats dont on savait pertinemment qu'ils n'iraient pas siéger à Strasbourg  ou qu'ils iraient trois ou six mois. L'Europe était un moyen pour eux de régler leurs problèmes nationaux mais certainement pas d'aller siéger au Parlement Européen. C'est quelque chose d'effarant de se présenter à une élection en disant aux électeurs : on veut vos voix mais de toute façon c'est pour ne rien en faire car nous n'irons pas siéger. Cela a sûrement joué dans cette élection.

 

Jérôme Jaffré

 

Les électeurs ne souhaitent pas moins d'Europe. Ils sont de plus en plus favorables à la construction de l'Europe. Elle existe de plus dans la vie de tous les jours grâce, par exemple :

- à l'Euro : sa mise en place est un  point de passage obligé qui sera extrêmement fort et peut-être même difficile à gérer quand les choses vont véritablement se produire.

- à la majorité des étudiants qui cherchent à placer, dans leur cursus, une année en Europe. Le désir d'Europe existe et est assez fort. Cependant, les électeurs ne savent pas très bien comment se concrétise le désir d'Europe. Dans les enquêtes, lorsque l'on demande ce qu'il faut faire pour faire avancer l'Europe, les électeurs sont complètement perdus.

 

Pour préparer l'élargissement nouveau, il faut engager une réforme institutionnelle. Lorsque, dans les enquêtes, on isole les "fanatiques" de l'Europe, ceux qui la veulent et qui sont favorables à l'élargissement, même eux ne comprennent pas l'enjeu d'une réforme des institutions européennes, c'est quelque chose d'extrêmement compliqué.

Le désir d'Europe existe donc mais il a un peu de mal à se concrétiser.

 

 

V. Giscard d'Estaing

 

Il y a donc eu l'événement de l'élection européenne dont nous venons de parler et il y a eu le conseil européen de Cologne des 3 et 4 juin derniers. On a pu remarquer le glissement sémantique de ces affaires : les dirigeants européens recommencent à parler de sommet. Ce ne sont pas des sommets, ce sont des conseils. Sommet c'est le vocabulaire de la conférence européenne, ce n'est pas le vocabulaire de l'Union européenne. Quiconque dit sommet pense en fait en terme de conférence européenne et non en terme d'Union européenne.

 

Ils ont donc tenu ce sommet de Cologne, qui était le dernier sommet de la présidence allemande. Cette présidence s'était donnée pour tâche de régler les problèmes financiers de l'agenda 2000, ce qui a été fait à Berlin dans des conditions assez raisonnables : on a décidé de conserver le système tel quel en gardant les deux prébendes intactes des Britanniques et des Espagnols et en conservant intact le surcoût payé par les Allemands. On a réglé le problème dans des conditions qui ne font pas progresser les choses et qui expliquent, en partie, peut-être le vote anti-Schröder en Allemagne.

Le deuxième sujet qui avait été annoncé était la réforme institutionnelle sur lequel il était prévu que le conseil européen de Cologne réglerait le problème. Non seulement, il ne l'a pas réglé, on pouvait l'imaginer, mais il n'a même pas engagé le processus. Tout à fait au début de la présidence allemande, Schröeder avait promis de régler le problème de la réforme institutionnelle.