LES « PAPIERS » DE LA CONVENTION EUROPÉENNE (I)

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3 – LES CRITÈRES D’ÉVALUATION

DU CONSEIL EUROPÉEN DE BRUXELLES

 

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La société médiatique a une manière particulière de présenter les évènements.

 

 

Si samedi prochain les dirigeants européens sortent de leur réunion, avec un visage souriant, pour poser pour la « photo de famille», après s’être résignés à un mauvais compromis constitutionnel, les titres proclameront : « accord de dernière heure à Bruxelles ; l’Europe sauvée ! ».

 

 

Si au contraire, il apparaissait que les dirigeants d’un grand nombre d’États grands, moyens et petits, représentant la majorité de la population, s’étaient engagés à approuver une Constitution claire et équilibrée, tandis que d’autres États, exprimant des critiques, avaient différé leur accord en renvoyant à plus tard leur approbation –ce qui s’est produit aux États-Unis en 1787– la tonalité des titres serait dramatique : « Échec à Bruxelles ; l’Europe de plus en plus divisée ! ».

 

 

Or la réalité est presque exactement inverse. Un mauvais compromis sur une Constitution mutilée enfermerait l’Union européenne dans une situation d’impuissance et d’inefficacité, dont elle serait condamnée à sortir inévitablement par une crise. Les chances d’unité européenne seraient compromises pour longtemps. Sans doute d’ailleurs le Parlement européen, affirmant fortement son identité politique, émettrait-il un avis critique, entraînant le refus de ratification de certains Parlements nationaux.

 

 

Si au contraire, un accord s’établit sur un projet de Constitution claire, et démocratique – même s’il ne recueille pas encore une complète unanimité – il ouvre la voie, il dessine la perspective de l’Europe de demain. Tôt ou tard, les réserves s’estomperont, les ralliements interviendront, comme d’ailleurs dans la Convention. Et le moment viendra d’engager  le processus de ratification. Rappelons à cet égard que les dispositions concernant les institutions européennes ne pourront entrer en vigueur que lors du renouvellement de 2009. La « bonne Constitution » deviendra alors la Constitution de toute l’Europe.

 

 

 

 

 

 

 

(1) Les termes de « papiers de la Convention » sont une référence aux « federalist papers » publiés dans la presse New-Yorkaise entre 1787 et 1788 par A. Hamilton, J. Madison et J. Jay afin de promouvoir le projet de constitution américaine qui venait d’être rédigé au cours de la Convention de Philadelphie.

Quelle est la grille de lecture des résultats attendus du Conseil Européen de Bruxelles ?

 

1 - Attribution de la personnalité juridique à l’Union européenne

 

2 - Une Présidence stable du Conseil européen de l’Union, pour deux ans et demi, renouvelable une fois.

 

3 - Un Ministre des Affaires Étrangères, siégeant au Conseil et à la Commission, et présidant le Conseil des Ministres des Affaires Étrangères.

 

4 - Un Parlement européen doté de la pleine compétence législative, et de pouvoirs budgétaires.

 

5 - Le vote à la majorité qualifiée du plus grand nombre de décisions entrant dans les compétences de l’Union.

 

6 - Pour le vote à la majorité qualifiée, l’adoption de la règle de la double majorité : majorité des États représentant au moins soixante pour cent de la population de l’Union. Règle qui protège les petits États, majoritaires en nombre, mais qui assure l’approbation de la majorité des citoyens de l’Union.

 

7 - Une Commission proposant et gérant le bien commun européen, agissant sous l’autorité de son Président. Commission composée en un Collège européen restreint et indépendant des Gouvernements des Etats membres.

 

8 -- L’inscription dans la Constitution de la Charte des droits fondamentaux de l’Union.

 

 

La comparaison de cette grille de lecture et des décisions annoncées à Bruxelles permettra à chacun de juger si l’Europe va être dotée, comme nous l’espérons ardemment, d’une Constitution digne de ce nom, organisant pour elle un régime lisible, efficace et démocratique, capable de tenir la route pendant une longue période, ou si elle devra se contenter de mal vivre dans la confusion et les compromis, en attendant que renaisse -mais quand et comment ?- une nouvelle volonté politique.

 

 

 

 

 

 

Valéry Giscard d’Estaing

Président de la Convention Européenne

 

 

                        Guiliano Amato                                                                                   Jean-Luc Dehaene

Vice-Président de la Convention Européenne                                        Vice Président de la Convention Européenne