Naissance du projet constitutionnel
La naissance d'un projet de texte constitutionnel pour l'Union européenne
et l'idée de réunir une Convention qui le formulerait résultaient
de l'inefficacité à moyen terme de la méthode diplomatique
des Conférences intergouvernementales (CIG), caractérisée
par les marchandages entre les États membres de l'UE, soucieux de défendre
leurs intérêts particuliers en utilisant leur droit de veto.
L'extension des compétences de l'UE par les traités de Maastricht
et d'Amsterdam a accru la volonté de renforcer la légitimité
démocratique de l'Union et de codifier ses valeurs constitutives et
les droits de ses citoyens. L'idée de développer une méthode
constitutionnelle, permettant une plus importante association des parlements
et de la société civile dans la construction européenne
fut concrétisée tout d'abord au Conseil européen de Cologne
(3-4 juin 1999), qui a chargé une Convention de rédiger un projet
de la Charte des droits fondamentaux de l'UE. Cette première Convention,
réunie dès la fin de l'année 1999 sous la présidence
de Roman Herzog a créé un précédent : l'adoption
de textes par consensus par une assemblée des représentants
des parlements et gouvernements des États membres, du Parlement européen
et de la Commission.
La décision de convoquer une Convention sur l'avenir de l'Europe (appelée
plus tard Convention européenne), prise lors du Conseil européen
de Laeken en décembre 2001, suite aux résultats décevants
du Conseil de Nice, devait étendre cette logique à une réforme
profonde des institutions de l'Union européenne. En effet, cette Convention
devait débattre des problèmes soulevés par les experts
en vue de simplifier les traités et de formuler des propositions, voire
- ce qui n'était pas accepté dès le début par
tous les participants - d'aboutir à un projet d'un traité constitutionnel.
Projet d'un traité et non texte de Constitution définitif car
les Etats membres de l'Union ont tenu à préserver le principe
de l'autorité intergouvernementale en matière de modification
de traités. En ce sens, la proposition de traité constitutionnel
devait servir de base aux travaux de la Conférence intergouvernementale
en vue d'adopter le texte définitif.
Les motivations
Les principaux défis relevés par la Convention étaient
de répondre à l'accroissement de la complexité institutionnelle
de l'Union suite à l'élargissement à vingt-cinq membres,
et de poursuivre le projet d'une Union politique embrassant les domaines de
la politique extérieure, de la sécurité et de défense,
ainsi que de justice de plus en plus intégrés. L'objectif était
double : d'une part, préserver la gouvernabilité de l'Union,
à savoir renforcer ses institutions et son efficacité décisionnelle,
d'autre part, enrayer le " déficit démocratique ",
à savoir la rendre plus transparente, compréhensible, plus légitime
et par conséquent, plus proche des citoyens. Il s'agissait donc de
délimiter les compétences entre l'Union et les Etats membres
en respectant le principe de subsidiarité, de simplifier les traités
et de donner un statut juridique à la Charte des droits fondamentaux.
De surcroît, afin de pouvoir jouer le rôle auquel elle prétendait
sur la scène internationale, l'Union européenne devait être
dotée d'une personnalité juridique. À l'instigation de
son président, Valéry Giscard d'Estaing, la Convention est allée
jusqu'au bout du défi lancé avec la Déclaration de Laeken
en élaborant le projet de la future Constitution européenne,
car c'est ainsi qu'il convient de lire le " projet de traité constitutionnel
" soumis à l'acceptation des États membres de l'UE.
La méthode conventionnelle
La méthode conventionnelle est considérée comme révolutionnaire
: en effet, c'est la première fois que le système intergouvernemental
a été dépassé dans la perspective de révision
des traités. La prise de décision par consensus, associant l'argumentation
à la négociation, et la composition de la Convention ont caractérisé
cette méthode originale. La Convention était composée
d'un représentant de l'Exécutif et de deux représentants
du Parlement national de chaque État membre, de seize membres du Parlement
européen, de deux représentants de la Commission européenne.
Le Présidium formé par le Président - M. Valéry
Giscard d'Estaing, assisté des deux vice-présidents - MM. Giuliano
Amato et Jean-Luc Dehaene- ainsi que de dix membres représentant chacune
des composantes de la Convention, avait pour mission de dégager des
conclusions des travaux et de proposer des textes à la Convention.
Dans son ensemble, la Convention était composée de 105 membres
titulaires. Les pays candidats à l'adhésion, au nombre de treize,
étaient représentés dans les mêmes conditions que
les quinze pays membres et participaient " à part entière
" aux travaux. Cependant, ils ne devaient pas pouvoir bloquer le consensus
si celui-ci était atteint entre les États membres. De plus,
des représentants de la société civile ont été
consultés et ils ont formulé des propositions qui devaient alimenter
les débats.
Les principaux acquis de la Convention : le projet de traité constitutionnel
La Convention a entamé ses travaux le 28 février 2002 pour les
achever le 10 juillet 2003. Alors que la déclaration de Laeken lui
a demandé d'établir un " document final " contenant
des options ou des recommandations, la Convention est parvenue à un
consensus sur un projet de la Constitution pour l'Union européenne.
Elle a donc rempli et même dépassé les attentes initiales
qui lui ont été adressées. Cependant, l'adoption définitive
du texte à valeur constitutionnelle a été laissée
à la décision de la Conférence intergouvernementale où
le consensus s'est avéré plus difficile.
Les principaux objectifs : le renforcement des institutions et des valeurs
communes ont été inscrits dans le texte. L'Union européenne
se trouve définie par la double légitimité des Etats
et des peuples qui la composent. La structure fédérale de l'Union
est accentuée, alors que la structure en " piliers " disparaît.
La Charte des droits fondamentaux proclamée à Nice se trouve
intégrée dans la Constitution (titre II). Union des Etats et
des peuples, elle est proclamée unie par les valeurs " de dignité
humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité,
de l'Etat de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme " (Art
2). Elle reste ouverte à tous les Etats européens qui respectent
ces valeurs et s'engagent à les promouvoir. Parmi les avancées
majeures, le projet de traité constitutionnel confère à
l'Union européenne une personnalité juridique qui doit lui permettre
d'agir avec plus de cohérence sur la scène internationale. Cette
affirmation de l'activité internationale communautaire passe également
par la création du poste de ministre des Affaires étrangères
de l'Union, qui doit regrouper les fonctions actuellement exercées
par le Haut représentant pour la PESC et par le commissaire chargé
des relations extérieures. En ce qui concerne les instruments du fonctionnement
de l'Union, une réforme des actes législatifs est prévue,
la " loi-cadre européenne " remplaçant la directive
et la " loi européenne " remplaçant le règlement.
Le vote à majorité qualifiée au Conseil est étendu.
De profonds changements sont prévus dans les institutions. Les pouvoirs
du Parlement européen se trouvent renforcés avec la généralisation
de la procédure de co-décision. Son pouvoir législatif
s'en trouve accru, mais ses pouvoirs budgétaires augmentent aussi.
Enfin, son influence dans la désignation du président de la
Commission européenne est renforcée. Le Conseil européen,
institution chargée de l'orientation des priorités politiques
de l'Union, est doté d'un président élu pour une durée
de deux ans et demi. Le Conseil des ministres dispose de deux formations de
droit commun : le Conseil législatif et des affaires générales
et le Conseil des affaires étrangères. La pondération
des voix des Etats membres au Conseil a fait partie des points les plus controversés,
la question de la double majorité ne satisfaisant pas tous les Etats.
Alors que les règles adoptées à Nice doivent rester en
vigueur jusqu'en 2009, le projet de traité constitutionnel a défini
la majorité qualifiée comme " réunissant la majorité
des États, représentant au moins trois cinquièmes de
la population de l'Union " (art. 24). La composition de la Commission,
chargée de promouvoir l'intérêt commun de l'Union, qui
détient le pouvoir d'initier les lois, faisait également partie
des points le plus discutés. Les débats opposèrent les
partisans d'une plus grande efficacité et d'une véritable collégialité
(en faveur de la réduction du nombre des commissaires) aux ceux qui
privilégiaient une meilleure représentativité en appelant
à la nomination des commissaires issus de chaque Etat membre. Alors
que le système de Nice (un commissaire par Etat membre) a été
garanti jusqu'en 2009, les conventionnels ont opté pour un collège
de commissaires réduit, composé du président, du ministre
des affaires étrangères et de treize commissaires munis de droit
de vote, sélectionnés parmi les Etats membres selon un système
de rotation égale. Des commissaires sans droit de vote devraient être
choisis par le président de la Commission. Cependant, la question du
nombre des commissaires, de même que la pondération des voix
au Conseil n'ayant pas fait consensus, elles ont été débattues
par la Conférence intergouvernementale qui a suivi la Convention. Dans
l'ensemble, les experts s'accordent pour dire que les trois institutions principales
de l'Union : la Commission, le Conseil et le Parlement européen ont
été renforcées par le projet de traité établi
par la Convention.
Les perspectives du projet du traité constitutionnel
Le projet du traité constitutionnel a été présenté
par le Président de la Convention au conseil européen de Thessalonique,
le 19 juin 2003. La Conférence intergouvernementale convoquée
suite à la Convention devait réviser et adopter définitivement
le texte. Cette adoption n'a pas pu avoir lieu sous la présidence italienne
à cause de l'échec du Conseil européen de Bruxelles en
décembre 2003. C'est la présidence irlandaise de l'UE qui a
repris, au premier semestre 2004, l'orientation des travaux de la CIG. Le
temps est compté avec l'adhésion des nouveaux membres le 1er
mai 2004 et les élections européennes du 13 juin. Quel que soit
le compromis trouvé, une partie des réformes importantes ne
rentreront en vigueur qu'à partir de 2009. L'enjeu est de taille :
si la méthode conventionnelle fait ses preuves, elle pourrait s'avérer
une méthode d'avenir pour la révision de traités.
Copyright Institut pour la démocratie en Europe. 2004
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Pour aller plus loin:
Tous les documents officiels de la CIG
2003-2004 :
La CIG sous
la présidence italienne (2003)
La CIG sous
la présidence irlandaise (2004)
Les
documents liés à
l'élaboration du text econstitutionnel